Blog'in giru

25 janvier 2013

THEÂTRE DE BASTIA

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine

Quand le beau sublime la pensée

THEÂTRE DE BASTIA dans danse contemporaine puzzle1

IMBRICATIONS

 PUZ/ZLE

Le 26 janvier 2013, à 20h30

Compagnie Eastman

Chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaou

Le titre est en morceaux, fracturé dans son milieu et rabouté pour redonner du sens. Il serait à lui seul le résumé parfait de cette œuvre s’il n’y manquait pas un « s ».

Ce n’est pas un puzzle mais plusieurs que met en scène Sidi Larbi Cherkaoui.

Ce chorégraphe belgo-marocain de 36 ans, issu lui même de la recombinaison biologique et culturelle d’un père marocain et d’une mère flamande, reprend l’idée des « Boîtes de Sutra » qu’il avait explorée en 2008 avec les moines Shaolin.

Ce sont donc plusieurs puzzles d’origines différentes qui s’entremêlent pour tenter de trouver une cohérence.

Puzzle de pierre

C’est le premier qui s’impose, par la graphie inscrite dans le décor fait de blocs mouvants dont la minéralité froide se heurte, s’entrechoque, dans le travail sans relâche des bâtisseurs qui construisent et déconstruisent le temple de l’humanité. Ils sont à l’image de ce que l’on découvre dans les strates archéologiques en creusant la terre, et qui révèle les habitats successifs, les temples construits sur les vestiges d’autres temples voués à d’autres dieux. Ces blocs, ces cailloux sont aussi ceux qui érigent les murs qui se dressent aujourd’hui comme ceux qui sont tombés dans un passé encore récent. Ce sont les mausolées qu’on détruit au Mali.  Ils sont les cailloux que l’on jette, ceux de l’Intifada, ceux des lapidations, ceux des rébellions aussi. Mais ce sont aussi les pierres que l’on frappe pour en faire résonner la musique

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Puzzle de cultures

Il est fait de l’association de l’ensemble vocal corse A Filetta, de la chanteuse libanaise Fadia Tomb El-Hage, du flûtiste percussionniste et chanteur japonais Kazunari Abe, ancien soliste du groupe Kodo, et d’une troupe de onze danseurs de la Compagnie Eastman que Cherkaoui a fondée en 2010 sur la base de son propre métissage et des enseignements de l’école d’Alain Platel et Anne Teresa de Keersmaeker.

Puzzle de chants

L’ensemble corse fait résonner, au masculin pluriel, sa polyphonie emplissant l’espace d’un son qui s’enfle doucement, avec la voix de la chanteuse libanaise qui les amplifie, et leur fait écho au féminin singulier. La grammaire de cette espace sonore s’enrichit  d’un autre singulie,r Kazunari Abe, qui tétanise par la voix, scande de ses percussions ou ensorcelle par sa flûte.

Puzzle de musiques

Elles sont religieuses ou séculaires, chrétiennes ou islamiques.

Puzzle des genres

Il est fait de danse contemporaine, de théâtre, d’arts traditionnels, d’arts visuels, jalonné de bribes de récits qui disent les thèmes chers à Sidi Larbi Cherkaoui, la différence, l’amour, la tolérance.

Puzzle de corps

Ces corps qui tentent de trouver chacun sa place dans le grand ensemble, parfois solo, ou en duo, en groupe; chaine humaine qui devient colonne vertébrale d’un corps unique qui se disloque. Les corps cherchent à dépasser leurs limites dans ces combinaisons qui se font et se défont, tour à tour tendus quand ils sont accrochés aux parois, mous lorsqu’ils se laissent glisser les uns sur les autres en un mouvement presque liquide, ou minéraux dans une raideur de statues fantômes  repeuplant un musée.

Quelles sont les relations entre les différentes parties d’un tout ?

Préoccupation fondamentale du chorégraphe, il la décline à tous les niveaux, du biologique au social, association à l’image des corps simples au sein des molécules du vivant, qui lient le minéral à l’organique, , association des molécules de la vie, symbolisée par la chaine d’ADN qui se dédouble et les corps qui se clonent, association des cellules elles mêmes, qui forment les organes et les corps, association au sein de la cellule familiale, relations au sein du corps social qu’est la cité.

Et la roue qui tourne, toujours et toujours, inexorablement, mais qui accompagne les adaptations et les changements qui enrichissent un monde où ce que l’on croit établit connaîtra demain la réversibilité des choses.

Le spectacle intègre les chanteurs à la troupe sur scène, et les danseurs sont une tribu qui exécute une forme de rituel : ordonner le chaos. Mais comme dans une colonne de fourmis organisées qui rencontrent un obstacle, l’ordre se disloque.

Et dans ces imbrications et croisements qui s’opèrent, c’est la recherche d’un nouvel ordre qui compte plus que l’ordre lui-même.

Dans ce chaos mouvant qu’est la vie, un seul reste, survivant minéral, cendres ou poussière, danseur au corps poudré d’un blanc gris de pierre, il est l’espoir de la renaissance à venir.

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L’émotion pure

Ce chorégraphe habité par la préoccupation de l’humain trace une histoire foisonnante de la vie sublimée par le beau. Son puzzle intellectuel est aussi très charnel et par-dessus tout, émotionnel. Il sidère par l’image, le mouvement et le son. L’ombre elle-même a du sens. Les ombres habitent la scène autant que les êtres incarnés.

Ce spectacle, qui a été créé au Festival d’Avignon 2012 dans la magnifique carrière Boulbon, a été diffusé sur Arte en Juillet 2012. Si vous n’avez pas eu la chance d’y assister alors, ou, comme moi,  de voir sa retransmission télévisée, allez au Théâtre de Bastia vivre les émotions grandioses d’un spectacle vivant, du spectacle de la Vie.

 

Renseignements :
Théâtre Municipal
Rue Favalelli
Bastia
Tél. :     04 95 34 98 00

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