Blog'in giru

18 février 2013

DE LA GRANDE MISE EN SCÈNE AU THÉÂTRE DE BASTIA

Publié par blog'in giru dans théâtre

Retour sur une représentation grand cru

DE LA GRANDE MISE EN SCÈNE AU THÉÂTRE DE BASTIA dans théâtre les-liaisons-dangereuses-photo

John Malkovitch met en scène 

LES LIAISONS

DANGEREUSES

avec brio !

 

Moderne, résolument moderne !

Et ce ne sont pas les téléphones portables ou les i pad  utilisés en guise de correspondance qui font la modernité de ce spectacle d’une qualité exceptionnelle donné au Théâtre de Bastia. Ni même les costumes mi anciens mi contemporains. Non ! C’est bien autre chose.

Et pourtant c’est l’accroche usitée dans la plus part des écrits faisant la promotion de cette pièce !

On pourrait même dire que tout cela est bien anecdotique.

La vraie modernité de ce spectacle est d’une autre nature, plus subtile. Tout d’abord les personnages du roman de Choderlos de Laclos ont retrouvé leur jeunesse originelle. Le texte est porté par une troupe de jeunes acteurs pleins de fougue au talent absolument formidable. Les dialogues choisis ont le redoutable pouvoir nous entrainer dans cette intrigue et de ne plus nous lâcher.

Une mise en scène sans temps mort rythme l’ensemble.

Sur un plateau assez sobre les quelques éléments de décor restent visibles et sont déplacés avec beaucoup de drôlerie par les acteurs eux-mêmes. Les huit personnages y sont présents presqu’en permanence : ceux qui n’interviennent pas dans la scène sont assis comme des danseurs attendant une invitation à rejoindre la piste de danse, et sont approchés, regardés ou effleurés au gré de l’évocation qui en est faite par les personnages qui déroulent les dialogues. Il s’en dégage un humour jouissif, comme si l’on assistait en images aux pensées ou aux fantasmes ébauchés qui habitent les personnages pendant leurs échanges. Et c’est, me semble-t-il, la plus belle trouvaille de la mise en scène.

Tout contribue à faire naître et à entretenir ce sourire intérieur, tant la narration faite par Azolan, le domestique dévoué de Valmont, que les scènes cocasses qui distancient le spectateur de la perversité des intrigues. Ainsi en est-il d’un déplacement d’acteurs au ralenti, rappelant l’univers du cinéma qui a fait redécouvrir ce texte de 1782 grâce au film de Stephen Frears. Clin d’œil du metteur en scène John Malkovich qui y tenait en personne le rôle de principal.

La scène mythique où Valmont dicte sa lettre pour sa nouvelle proie à sa libertine maîtresse est elle aussi d’une fabuleuse drôlerie : Emilie, à la chevelure rousse flamboyante et aux formes avantageuses, est pour ainsi dire nue sur scène. A peine vêtue d’un déshabillé de voile noir complètement transparent, elle prête ses chairs aux caresses très explicites de Valmont. Celui-ci l’enfourche, et la soumet à ses caprices tout en jouant de son corps pour faire un écho plein d’humour aux propos de sa lettre.  Le tout ponctué de petites tapes canailles sur le postérieur offert.

Et si certains dans le public, et pas toujours des plus âgés, s’en offusquent, c’est bien peu de chose à l’heure du porno sur les écrans de toute une génération d’adolescents, à l’heure des sites et des boîtes échangistes mis à la portée de tous, à l’heure des scandales sexuels qui émaillent l’actualité politique ou sportive en France comme ailleurs.

C’est l’humeur qui donne le ton. D’autant que le libertinage n’est pas non plus le nœud de l’intrigue.

La jeunesse de ce texte de plus de deux siècles se débusque aussi dans la manière dont Merteuil dépeint sa condition de femme «vouée par état au silence et à l’inaction », condition qu’elle rejette très jeune, entrant de plein pied dans une conception très moderne de la femme indépendante qui veut garder la maîtrise totale de son destin. L’expression de cet intense désir de liberté est un moment fort qui humanise cette manipulatrice à l’esprit retors.

Le découpage du texte en ce qui pourrait être qualifié de deux actes est lui aussi intéressant : le premier très long déroule l’intrigue et les intrigues des ces deux intrigants, le second très court ramène tout ce petit monde au principe de réalité. L’ego est une bombe à retardement et nous restons le meilleur ennemi à nous même. Le décor suggéré des appartements privés fait place de façon tout aussi suggestive au décor du sous bois où s’achève le trajet de notre Vicomte au charme ravageur. Ce bref acte final s’articule autour du duel mené à l’épée avec maestria, à l’issu duquel les deux libertins sont déchus de leur superbe, victimes de leur orgueil incommensurable.

Le spectacle s’achève, le public est conquis et je le suis aussi !!

Belle pierre apportée à la programmation du Théâtre de Bastia

 

Mise en scène : John Malkovich
Adaptation : Christopher Hampton
Avec :
Sophie Barjac
Rosa Bursztein
Jina Djemba
Lazare Herson-Macarel
Mabô Kouyaté
Yannik Landrein
Pauline Moulène
Julie Moulier
Lola Naymark

Contact :
Théâtre Municipal
Rue Favalelli   Bastia
Tél. : 04 95 34 98 00

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