Blog'in giru

6 mars 2013

E TEATRALE

Publié par blog'in giru dans théâtre

U teatrinu nous met une baffe

E TEATRALE  dans théâtre a-sintenza-300x270

Avec le drame de Marco Cini

A SINTENZA

Et la mise en scène de Guy Cimino

Cette année, pour une programmation d’une semaine, le Festival du Théâtre de Corse, E Teatrale, présente une production multilingue pour sa partie scène ouverte (« L’ours » du Svegliu Calvese en cinq langues) et uniquement deux pièces à dominante de langue corse pour la programmation officielle. La première est « U chjarasgetu » adapté d’après Tchekhov par la troupe Unità Teatrale (voir l’article déjà paru sur ce blog). De plus en plus, et cela depuis le magnifique film « Liberata », les auteurs ont su donner du sens à ce multilinguisme mouvant insulaire. Comme pour ce dernier, Marco Cini déroule l’action de « A sintenza » dans une situation plurilingue naturelle à la Corse, puisque, en plus du Corse et du Français, la présence de l’Italien, « langue toit» du Corse contemporain s’inscrit dans le paysage linguistique de l’Ile notamment sur les ferry de la compagnie italienne qui dessert nos cotes durant la période estivale.

 

Le propos est sans conteste dramatique et pourtant, cette pièce courte, d’une cinquantaine de minutes seulement, nous entraine de plain-pied et sans concessions dans les questions de fond de la problématique de la société insulaire d’aujourd’hui. Si Marco Cini, directeur du Centre d’études et de documentation Salvatore-Viale de Bastia et auteur d’essais sur les élites du XIXe siècle en Italie et en Corse, a voulu nous proposer un drame historique, la dimension actuelle est telle que les éléments à même de nous éclairer sur l’époque évoquée ne s’imposent pas de façon pertinente. Ces dames y discutent d’«elli », de ceux que l’on ne peut nommer et qui traumatisent la société insulaire, ceux que l’on craint à mots couverts, ceux que l’autorité, la justice, et la démocratie feignent de ne pouvoir véritablement condamner. Ou bien est-ce la société corse, devenue « u paese di l’acquambocca » qui cautionne ?

Le sang versé, c’est la première action de la pièce, seulement audible, un coup de feu, c’est tout.

Les points de vue qui traversent notre société sont tous représentés : à qui a peur, à qui propose de dénoncer les auteurs des violences, à qui veut fuir ce mal pire que la guerre, « qualcosa di più viziosu, più piattu », « u toscu, u  velenu ». Les incursions dans l’Histoire ne font que conforter le spectateur dans l’universalité du propos puisque déjà en 1799 une lettre adressée par Monsieur Feydel aux membres du Directoire à Paris, rapport sur la Corse publié par la suite sous le titre Mœurs et Coutumes des Corses, portait en elle tous les clichés encore en usage à l’heure actuelle.

De même les propos délirants d’un passager italien reprenant quasiment mot pour mot les grandes tirades mussoliniennes sur la Corse en disent long sur la situation géopolitique de l’île et l’intérêt qu’elle suscite d’un point de vue géostratégique pour les grands états qui l’avoisinent.

Pour établir cette intemporalité, les lieux et les dates sont dématérialisés, avec une scénographie minimaliste où l’espace théâtrale dans son ensemble, travées incluses, figure à la fois une place, un wagon de train, le pont d’un ferry quittant la Corse. En faisant l’économie des costumes et des décors plus lourds, Guy Cimino a fait le pari de la puissance du texte, de la vérité des situations et de la justesse des mots. Et cela fonctionne !!! Le parti pris est à saluer car l’acte de mise en scène est avant tout un acte de choix. Et c’est lorsqu’un choix est fait et assumé qu’il donne sa pleine cohérence à l’ensemble.

Ici, pour assumer son choix du dépouillement scénique au profit du texte, Guy Cimino fait appel à des acteurs d’une grande justesse. Il me semble que je viens de croiser Corinne Mattei et Francine Massiani au café d’en face, Jean Pierre Giudicelli nous fait un fasciste plus vrai que nature et Pierre Laurent Santelli porte à lui seul deux personnages fort contradictoires, puisqu’il est à la fois le porte fusil, l’assassin mu par la « vindetta » et l’esprit de famille qui l’enracine dans la Terre et dans le drame, mais aussi le Français, qu’il soit touriste ou résident, qui aime la terre, l’eau, le soleil, les hommes et les femmes de cette île de « Keurse » et qui le dit. Clin d’œil pour qui a lu la lettre militante de Pierre Laurent Santelli : « un Keurse brise la loi du silence ». Tous savent porter la pièce sur un rythme qui ne nous laisse pas de répit avec un texte riche, riche de réflexion, riche de belle(s) langue(s). De plus avec une clarté de diction qui réconcilie les moins aguerris à la langue Corse (et à l’Italien, ne l’ayant pas étudié moi-même hélas). Enfin, une mention spéciale pour Henri Olmeta qui habite littéralement son texte, il porte notre indignation, nos aspirations, nos contradictions. Il est nous, nous tous.

 

Comme Santelli nous y invite à la fin du spectacle, profitons de cette pièce pour faire circuler la Parole Citoyenne.

Contact : E Teatrale  tel : 06 12 89 56 25

ass.eteatrale@yahoo.fr

https://www.facebook.com/messages/eteatrale.eteatrale 

 

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