Blog'in giru

9 mars 2013

E TEATRALE,UNE INVITE A L’ÉTRANGE

Publié par blog'in giru dans théâtre

De Monticellu vient l’insolite

E TEATRALE,UNE INVITE A L'ÉTRANGE  dans théâtre la-tour-des-maux-dits-300x254

Dans sa scénographie précédente

Surréaliste et déjantée

LE TOUR DES MAUX DITS

Par Les désespérantes idiotesde Monticelli

Espace nu, corps moulés dans des justaucorps noirs, visages masqués de loups, scène noire, fond de scène noire. Une tour, assez haute, faite de quelques barres de métal sombre, sans symétrie aucune et qui occupe bien peu de place dans ce grand espace scénique où seuls les contrastes et les jeux de brillance dessinent des lieux qui n’en sont pas vraiment.

Un fauteuil façon trône, bardé des lumières féériques qui accompagnent habituellement les instants festifs de nos vies, place à coté de la tour une singularité qui attire les regards.

Les quelques spots s’éteignent et  l’obscurité n’est plus déchirée que par le fauteuil des lumières.

Les voix s’élèvent qui portent les mots sur un ton à la fois assuré, étrange et dérangeant, un peu chantant, où la perfidie n’est qu’un leurre pour masquer la sensibilité à fleur de peau.

La pièce porte bien son nom car c’est une mise en mots, de tous nos maudits maux qui sont enfin dits. Au sein de l’obscurité nait la vérité. Une vérité, celle du ressenti profond, enfoui et libéré. Et elle est parfois chantée.

Non content de troubler par ses mots, cet ovni théâtral trouble une partie de l’assistance médusée car les rôles sont portés tour à tour par les différents acteurs dans l’indifférence de leur sexe, la femme est incarnée successivement par la comédienne ou le comédien, l’enfant devient l’amant… Temps d’accommodation.

Les mots sont là, parfois las, les corps s’enlacent, les corps se cabrent, les mains s’adonnent au jeu des caresses, les mains s’abandonnent à la colère, les mains se donnent le droit à la délivrance, pour délivrer l’autre qui souffre ou pour se délivrer de soi-même, de ce poids qui de jour en jour plombe tout de la difficulté de vivre la maladie, l’hypocrisie, la solitude.

La tour c’est nous, nous la parcourons avec ces comédiens un peu danseurs, un peu acrobates comme à notre image, du bas vers le haut, en nous libérant des mots et des maux que l’on a bien clos à l’abri des jugements que l’on redoute, et du haut vers le bas, vers le centre de nous-mêmes, pour explorer nos propres catacombes enfouies sous l’édifice parfois branlant que nous offrons aux regards.

Tout est exposé, cru, sans fard, avec pour toile de fond la maladie, le handicap, la souffrance et la mort, qui viennent prendre une place à part entière au sein du couple, des relations parents-enfants, des relations adultères, ou libertines, et en surimpression la dépendance, l’indépendance, la différence, l’indifférence.

Les mots comme les maux qu’ils portent sont durs à nos oreilles, SEP, Papilloma virus, cancer. Tentative d’y établir une hiérarchie dans la souffrance et de savoir ce qui la définit : l’intensité de sa morsure sur le  corps, sa durée, l’angoisse qui la nourrit, les absences qu’elle révèle, la solitude où elle enferme, le souvenir des plaisirs passés…

Mais ce serait mentir que de présenter cette pièce avec la vérité crue de l’évaluation clinique. Car bien souvent la vie résiste, la vie réside dans ces petites joies qui viennent éclairer de leur petite lumière les quotidiens les plus sombres.

Il faut le dire, nous, public, nous rions aux éclats, de cette manière brutale qui fait soudain exploser la boule d’angoisse qui enfle dans les moments difficiles, de cette manière irrépressible qui provoque un spasme qui n’en finit plus et qui unit le public que nous sommes dans la complicité la plus intime.

Oui, Laure Salama, par son écriture, nous provoque, nous livre nos pensées les  plus « politiquement incorrectes », les plus « socialement inavouables » et ça résonne en nous avec un son de véracité qui fait mouche.

Mais elle nous enivre aussi d’un humour qui déchire la toile de l’horizon obscurci par les  maux l’habitent.

Nous oscillons sans cesse et sans crier gare entre cette pression qui augmente au fil des maux dits, poignante par moment, et ce rire qui libère, si sain, si complice, et étrangement pas grinçant du tout, pas jaune, un bon, un vrai rire qui vient du fond des trippes. Un rire qui n’a pas d’âge, ni de condition sociale, un rire qui unit. Un rire franc.

Ce rire prend possession de nos corps. Et de corps il en est question ici.

Corps pourvoyeur du plaisir aussi, plaisir de ce corps qui peut certes nous trahir mais qui encore et encore palpite, qui nous fait sentir la vie qui coule en nous, moments de jouissance pure entre deux mots si durs, entre deux maux qui durent.

Tout se fait dans une esthétique dénudée où la nouvelle scénographie, qui confine à l’épure, esquisse des espaces dans la tour, dans les abords de la tour et au loin dans les confins de l’espace, dessinée par la lumière la pénombre et l’obscurité. Comme ce corps qui vient se heurter au fin fond de cette scène profonde et vide sur une plaque métallique et noire qui résonne comme un gong, et ce corps se démène et danse contre ce mur infranchissable.

Et l’on baise, comme Higelin baise la vie : on baise avec son conjoint, un peu, on baise avec sa maitresse ou son amant, plus frénétiquement, on côtoie l’échangisme dans un mélange des corps, le SM dans l’avilissement maitrisé et consenti, on prend son pied, même lorsque l’acte n’est motivé que par le besoin d’un sexe masculin pour une procréation assistée.

La vie, quoi ! dans toute sa complexité.

Un OVNI disais-je, rencontre d’un troisième type.

Merci au festival E Teatrale pour cette rencontre.

 

Ecrit et mis en scène par : Laure SALAMA

Avec : Jean-Emmanuel PAGNI, Laure SALAMA et Pascal TAGNATI

Musique : Ben FORKE

Création Lumières : Jean-Luc CHANONAT

Scénographie : Delphine CIAVALDINI

Costumes : Delphine CIAVALDINI

contact :

https://www.facebook.com/messages/laure.salama.9   https://www.facebook.com/laure.salama.9

 

 

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