Blog'in giru

20 mai 2013

NUIT D’HISTOIRE VIVANTE AU MUSÉE DE BASTIA

Publié par blog'in giru dans histoire et patrimoine, lecture théâtrale

Visite spectacle inspirée directement des collections du musée et de l’histoire de la Ville

NUIT D'HISTOIRE VIVANTE AU MUSÉE DE BASTIA   dans histoire et patrimoine bastia-anu-dettu-300x238

Confiée à la jeune compagnie Bastiaise La Spirale

BASTIA ANU DETTU

(Ils ont dit, Hanno detto, They said…)

Alexandre Oppecini met en scène Philippe Ambrosini

La nuit européenne des musées avait lieu dès le coucher du soleil en ce 18 Mai 2013.

Au Palais des Gouverneurs un drôle de bonhomme nous précédait dans les couloirs du musée de la ville de Bastia pour une visite guidée d’un genre un peu nouveau en ce lieu. Encapuchonné dans une robe de bure noire, tel une statue d’un musée de cire, il nous attend immobile dans une niche , comme une œuvre placée là, à l’exposition de nos regards,  et nous invite à une déambulation de salle en salle.

Après un Roméo et Juliette donné dans les jardins du Palais des Gouverneurs l’année passée, Alexandre Oppecini a été chargé de mettre en scène des textes de son choix pour animer la nuit européenne des musées 2013 pour la ville de Bastia. Il a donc choisi de nous faire voyager dans Bastia et dans le temps avec un comédien prêt à assumer tous les personnages à la fois, il s’agit de Philippe Ambrosini.

Le choix de textes lui permet d’en explorer les talents puisqu’il lui fait incarner tour à tour des personnalités très différentes qui vécurent du XVIème au XIXème siècle.

Le ton est révérencieux, presque obséquieux à l’évocation de l’Office Saint Georges lorsque le comédien donne vie au récit de l’Abbé Agustino Giustiniano,  évêque en charge du diocèse du Nebbio en l’an de grâce 1523, érudit d’envergure européenne qui fréquente Thomas More et Erasme. Il y décrit la pauvreté de la cité dont la principale qualité est sa situation proche de l’Italie mais qui ne rapporte peu de subsides à l’Office gestionnaire de l’île depuis 1453. Il y pointe déjà la difficulté d’y avoir une véritable infrastructure portuaire eu égard à sa situation.

Montée à l’étage en suivant notre robe de bure qui entonne A palatina.

L’indignation est saisissante et soutenue dans un long souffle dramatique lors de la lecture du texte dans lequel les représentants de la Corse font part des griefs des Corses auprès de sa Majesté le roi en 1738. La situation dès la première phrase est sans ambigüité, puisqu’on y dépeint d’emblée « la pauvre Corse, en l’état où elle est, négligée, inculte, méprisée, opprimée, dépouillée ». Les quatre siècles de gouvernement génois n’ayant porté que guerre, criminalité, homicides et spoliation à un peuple que l’on a exclu de toute promotion au profit des nobles impécunieux de Gênes, ce texte relate un « usage monstrueux du pouvoir » qui « donnait libre carrière à la violence et aux meurtres » tout comme aux extorsions et aux cessions forcées des terres les plus vastes et les plus fertiles. De quoi faire réfléchir…

Lorsque Philippe Ambrosini se lance dans la lecture de la correspondance sur le siège de Bastia en 1794 de Sir Gilbert Elliot, chargé d’assiéger la ville, de Lacombe Saint Michel, représentant de la cité, et du Général Nelson, commandant de la flotte, il nous régale en changements de posture, de visage et de voix, bondissant sur un banc pour figurer le pont du navire et adopter l’emphase d’un Nelson ou se parant d’une grave dignité pour nous restituer le courage déterminé du valeureux résistant. Mais il nous rend le sourire enfin avec Lady Elliot qui donne ses impressions après son pénible débarquement puis son installation en ville. Dit avec humour, c’est un vrai dépliant touristique à l’exclusion des habitants peu civilisés et armés dès le plus jeune âge d’un fusil : « la gabbia senza l’ucelli » de Mussolini n’est qu’un prolongement des plus politiques de cette vision de l’île.

Le comédien campe ensuite le jeune Gustave Flaubert qui conte son voyage en Corse en 1840. A peine sorti de l’adolescence, c’est en Corse qu’il apprend à regarder, à observer, à engranger des images, à devenir écrivain. Il a visiblement été plus séduit par Ajaccio et ses palmiers que par la cité bastiaise.

Et pour finir la visite, Philippe Ambrosini sous la houlette du jeune Alexandre Oppecini, nous fait une description de Bastia à travers le récit à cette même époque d’un prêtre jésuite quadragénère, Gioacchino Prosperi. Si encore une fois 316 ans après l’Abbé Agustino Giustiniano il y pointe la difficulté d’y établir un port digne de ce nom, des changements sont soulignés, la modernité toute récente, les églises restaurées, l’instruction en plein essor. Il y conte au passage les derniers jours d’un condamné à mort. Ce prêtre par ses récits va nourrir  l’irrédentisme italien.

Et toujours à travers ces textes un amour de la Corse et des corses, amour de conquérants ou visiteurs qui s’ancre dans la beauté de paysages qui subjuguent, où le peuple est au mieux considéré comme accueillant ou porteur d’une forte imagerie telle que nous la connaissons encore et qui a nourri pendant des siècles le « complexe du colonisé ».

Cette présentation n’est pas sans rappeler le drame historique de Marco Cini « A sintenza » donné par U Teatrinu lors des Teatrale de Bastia par la confrontation décalée de la vision des corses et de celle justement des conquérants ou visiteurs qui y séjournent.

Une idée de visite au musée à creuser pour les scolaires afin de donner l’envie de se plonger dans l’histoire à la fois par les lieux, les objets et les textes avec la fougue des arts vivants, idée magnifiquement servie par les talents du jeune metteur en scène Alexandre Oppecini et de Philippe Ambrosini, l’acteur qu’il a dirigé artistiquement et accompagné physiquement sur l’ensemble de ces textes.

Contacts :
- Musée de Bastia
Marie-Hélène Giuly
04 20 00 89 03
mh.giuly@ville-bastia.fr

- La Compagnie La spirale
Alexandre Oppecini
06 15 37 87 49
alexoppecini@yahoo.com

 

2 Réponses à “NUIT D’HISTOIRE VIVANTE AU MUSÉE DE BASTIA”

  1. pelloux dit :

    desolee de l apprendre 2 j apres ….

    • blog'in giru dit :

      C’est vrai mais Blog’in Giru se fait l’écho des émotions vécues et s’interdit de parler d’un spectacle qui n’aurait pas été vu. Par contre l’administrateur du site peut peut-être faire d’avantage le relais sur les réseaux sociaux des dates qui sont à notre connaissance.

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