Blog'in giru

20 mai 2013

UN KÉPI A L’ATELIER THÉÂTRE MOUVEMENT MUSIQUE

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, musique, théâtre

Fin d’une belle aventure

UN KÉPI A L'ATELIER THÉÂTRE MOUVEMENT MUSIQUE   dans danse contemporaine mon-kepi-blanc-229x300

Avec la création de la pièce de Sonia Chambretto

MON KÉPI BLANC

Par l’Atelier Théâtre Mouvement Musique

A la Fabrique de Théâtre de Bastia

Fruit de 300 heures d’atelier, stages et répétitions, cette ultime création de l’Atelier Théâtre Mouvement Musique 2007-2013, réunissant 7 jeunes femmes et adolescentes chanteuses et musiciennes, évoque des bribes de vie du légionnaire Jozef.
Pas de paradoxe à ce que ces jeunes femmes soient le vecteur de la parole des absents, n’est-ce pas souvent le cas dans nos cultures orales. Pas de paradoxe donc mais une distance. Une distance également dans les âges des protagonistes et ceux des musiciennes-chanteuses-comédiennes, à même de symboliser cette entrée dans une nouvelle vie, dans ce corps militaire où l’on endosse un autre état civil et où l’on « fait table rase du passé ».

Chambretto utilise la litanie comme une musique au cœur de la langue pour rendre le langage commun d’individus d’origines disparates qui ne parlent pas le même dialecte. La litanie, par son origine liturgique, c’est l’acte répété qui unit dans les mots de formules identiques parlées ou chantées. Ici la liturgie n’est certes pas religieuse mais elle élabore une langue commune dans le langage militaire déroulé comme un rouleau de prières tibétain ou hébraïque. Ce langage décline comme dans un manuel tout à trac et par le menu, les vêtements militaires, les acronymes utilisés pour désigner des véhicules en tous genres (VLS et autres) ou des lieux de plaisirs éphémères les BMC, bordels militaires de campagne. C’est aussi la litanie qui désigne les ennemis, du Niakoué au Fellaga, les instruments de la fanfare, les instructions à l’entrainement, les récits de combats, les commémorations. Et toujours, ponctuant cette litanie, des règles égrenées tout du long et qui structurent la vie et le mental du légionnaire.

Cette musique des mots proposée par Sonia Chambretto est ici le prétexte à un jeu de mime, base de la chorégraphie, en gestes calibrés, en ensembles bien huilés qui par moments se disloquent. Tantôt dansée, tantôt jouée, c’est une chorégraphie de l’hybride comme ces régiments, comme ces danses tribales qui rejouent combats et moments clés de la vie du groupe, un massacre dans une  cocoteraie. En ligne, en carré, en demi cercle ou face à face, ce sont les corps qui finissent les limites des espaces, matérialisés seulement par les lumières et par deux dispositifs, un alignement clairsemé de longs bambous, rideau ou barrière végétale, et sur une estrade à roulettes de fortune, deux  blocs de sièges avec strapontins.

Le chant et la musique, comme dans chaque microcosme, accompagnent le quotidien avec sa spécificité. Ici, comme dans les régiments, la musique et les chants viennent de tous horizons et les jeunes filles sur scène peuvent dévoiler leurs talents en herbe.

Instrumentistes déjà bien affirmées, nos demoiselles soldats nous régalent, au violon et alto, à la mandoline, à l’accordéon, au piano. Elles chantent, en différentes langues, un répertoire musical parcourant les deux Amériques, l’Algérie, l’Europe… des chants du monde, graves, suaves ou nostalgiques parfois plus gais lorsque le jazz s’y mêle.

Pour accompagner cette troupe de jeunes musiciennes dans cette expérience scénique, deux artistes de talents, Célia Picciocchi violoniste présente dans plusieurs formations et qu’on ne présente plus tant ses projets sont variés et innovants, et Félix Raffini à la guitare électrique. Celui-ci excelle à l’accompagnement solo, donne les ambiances et les rythmes, souvent à la marge de la scène, rarement au centre, mais efficace et précis.

Et le spectateur amusé et ému suit Jozef dans son périple de Marseille à Strasbourg en passant par les « Petites Colonies » (Algérie, Indochine, Djibouti). Nouvelle litanie, Jozef, Joseph, Ghjaseppu,…

Sonia Chambretto a grandi à Aubagne, en face de la Légion étrangère.
Mon Képi Blanc est écrit à partir d’entretiens, de conversations enregistrées avec des Képis Blancs de la Maison mère de la légion étrangère à Aubagne.

Nous avons connu et connaissons encore en Corse ces régiments et leur monde refermé sur lui-même, aussi clos ici qu’il l’est lorsqu’ils sont en mission en pays étrangers, car ces gars là , toujours en exil, n’ont plus d’autre patrie que l’horizon de leur garnison. Ce témoignage de la parole des oubliés de l’histoire est une belle page pour clore,  avec Bénédicte Flatet à la direction musicale et Catherine Graziani à la mise en scène, l’expérience commencée en 2007 par l’Atelier Théâtre Mouvement Musique et ces jeunes talents en devenir.

 

Encore sur la scène de la Fabrique de Théâtre lundi 20 mai à 18 heures.

 

Renseignements/réservations :
Fabrique de Théâtre
2 rue N.D. de Lourdes
Bastia
Tél. :             04 95 390 165
compagnie.theatre.alibi@orange.fr 
http://www.theatrealibi.com

21 mars 2013

Spaziu Natale Luciani

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, Hip Hop, théâtre

Expérimentation dans l’art du spectacle vivant

Spaziu Natale Luciani dans danse contemporaine artmouv-3-300x197

De la Cie Art Mouv’ et du collectif Jeu de Jambes

AU FAIT QU’EST-CE QU’IL A

VOULU DIRE L’AUTEUR ?

Transgenre

Doit-on poser une étiquette sur chaque spectacle, codifier, classer, cataloguer ?

Théâtre ? Danse ? L’écriture journalistique bien souvent l’impose… Mais ici tout s’y oppose !! Et rien que de le dire nous voici immédiatement dans le cœur du spectacle que propose la Compagnie Art Mouv’. Ou bien devrais-je dire le collectif Art Mouv’/Zone Libre intégrant l’art sonore… ou même le collectif Art Mouv’/Zone libre /Jeu de jambes intégrant des danseurs de Hip Hop. Et cette digression est elle aussi évocatrice. Oui, il s’agit bien ici de métissage, d’hybridation, de transgénèse expérimentale. Pour moi, spectateur complètement néophyte qui plonge dans l’inconnu et découvre pour la première fois ces artistes, cela transparait immédiatement.

Dès l’installation, toute distance semble abolie et le spectacle qui débute efface les limites de la scène du Spaziu Natale Luciani. Art de rue. Performance.

D’ailleurs les deux hommes et la femme qui se présentent dans l’espace portent tous trois costume de ville. Vêtements qui joueront leur rôle dans la grande expérimentation des hybridations et des métissages.

Ce processus ne peut exister que dans les contrastes et les cultures confrontées.

Les bases en sont posées par les premières oppositions qui se dévoilent : deux hommes/une femme, deux blancs/un black, le silence/le son, un tempo comme un cœur qui bat, simple et sans phrasé autre que ce rythme vital/un violoncelle qui vient le remplacer tendre et profond comme une parole bienfaisante. L’immobilité/le mouvement…

Chacun des trois personnages compose une partition gestuelle totalement différente, elle, avec des mouvements de bras amples très « danse contemporaine », l’autre des claquettes étrangement rapides sur ce chant de violoncelle lent et grave, le troisième effectue des figures de Hip Hop. Un quatrième ajoute du théâtre à ce trio de danse.

Tout au long du spectacle ces univers vont s’opposer, se mélanger, se tordre, et, non pas se fondre mais créer un nouvel univers, avec ses caractéristiques propres qui engendre sa propre poésie. Des glissements s’opèrent, des décloisonnements s’effectuent.

Du coté sonore, la lenteur et la vélocité se combinent pour créer un rythme asynchrone et envoutant. Les mots et la musique. Le silence et le son. Le monde de l’enfant et celui de l’adulte. Le trivial et la poésie. Le sérieux et le rire. L’ironie et l’harmonie. Les mots dits, les inaudibles, les mots écrits. Les langues, les cultures. Les genres.

De la scénographie minimaliste se dégage la richesse d’une inventivité débridée où le seul choix des chaises qui constituent l’unique décor permet à la fois des jeux de lumière et des détournements d’objets. Car ces chaises de plastique transparent à facettes dansent avec les danseurs en des pirouettes qui les font femmes vêtues de strass scintillants, deviennent les rues où l’on court, les transats où l’on se prélasse, les lits où l’on dort, les limites de la cour d’une école, les rochers où l’on saute, des brouettes, des caractères d’imprimerie… Le vide, le plein.… Poésie…

De même les vêtements simples se métamorphosent, se retournent, sont les nappes d’un repas sur l’herbe, la cape d’un toréador, un bandana sur la tête, des partenaires de danse… Ils en dévoilent d’autres tout aussi simples mais porteurs d’autres résonances.

Les corps sont les véritables instruments de ce ballet sonore. Bien que les mots et les chants semblent les vecteurs du fil conducteur, avec les comptines enfantines, les souvenirs d’enfances, la prose poétique de Prévert, et autres proverbes et dictons, le corps seul se suffit à lui-même et l’on pourrait imaginer cette chorégraphie comme un mime, un film muet qui parle de façon organique, comme si le chorégraphe s’était affranchi du monde sonore pour ne se laisser guider que par la théâtralité des corps. Des oiseaux s’envolent au bout des mains, des cygnes glissent au fil de l’eau. Poésie.

L’hybridation des genres chorégraphiques est au cœur de ce processus, danse contemporaine, Hip Hop, quelques pas de claquettes, esquisse d’un tango, phrases chorégraphiques, claquements de mains, claquements de pieds. Une battle entre deux,  comme un dialogue impossible, laisse place à l’écoute du corps et à l’apprentissage de l’autre, pour établir finalement un langage partagé, une connivence dans la danse qui laisse place aux individualités en une chorégraphie commune et des solos échangés, comme des mots dansés. Les équilibres et les déséquilibres, des portés, des glissés, des roulés, des déroulés, des tête à tête à trois, des pas de deux, des patineurs, des couples enlacés, des gifles, des réveils, des départs, des arts martiaux, des nunchaku, des lanceurs de drapeau, asynchrones à la musique et au son. Inventaire à la Prévert.

La lumière enfin, pourtant faible, organise discrètement l’espace, les lieux de vie, les distances, invente la bruine, sculpte cette brume, et fait d’une femme une fleur qui vit sous la rosée. Lorsque le portemanteau/SDF/roi/derviche tourneur l’englobe et l’absorbe, c’est sa disparition qui clôt cet espace poétique.

Pas de lourdeur dans cet inventaire. L’étrange, poétique et doux.

 

Création danse contemporaine hip hop
Compagnie : Collectif Art Mouv/Zone Libre
Production associée : Moov’n Aktion
Direction Artistique : Hélène Taddeï Lawson
Création et interprétation : Alex Benth, Jean-Claude Guilbert, Charly Moandal, Hélène Taddeï Lawson et d’autres membres du Collectif jeu de jambes
Création sonore : Tommy Lawson
Création vidéo : Stéphane Broc
Lumière : Erick Plaza Cochet

 

Contacts:
www.artmouv.com
ccu@univ-corse.fr Tel : 04 95 45 00 78

 

15 mars 2013

THEÂTRE ALIBI

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, théâtre

Un spectacle à couper le souffle

THEÂTRE ALIBI dans danse contemporaine press-300x225

Inclassable et poétique

PRESS

De Pierre Rigal par la Cie Dernière minute

 

Vous êtes réfractaire au théâtre, à la danse contemporaine, vous trouvez cela un tantinet trop intellectuel à votre goût ? Pierre Rigal vous réconcilie avec les deux. Oubliez l’idée de huit clos, les présentations sur nos peurs modernes, sur le combat contre l’enfermement, la solitude ou la dépression et laissez-vous entrainer dans un univers poétique comme on regarde Buster Keaton ou Charly Chaplin dans « Les temps modernes ». La beauté qui en émane surpasse le poids de la réflexion sur la condition de l’humain se confrontant à la machine. Retrouvons notre âme d’enfant.

Un homme, façon Matrix, élégant dans son costume noir, occupe un espace clos de deux mètres sur trois occupé par une chaise et une lampe de bureau. Cet homme et l’espace avec lequel il interagit par des forces magnétiques puissantes entament un pas de deux, une danse envoutante qui les lie dans un enchainement virtuose comme un funambule à son fil. A la fois danseur, acteur, graphiste de lumières et d’ombres, l’homme, d’un flegme inébranlable, explore cet espace dans ses trois dimensions et l’on entre dans un monde parallèle où les lois de la gravité n’ont plus cours. L’espace  respire, se contracte et se dilate, mu par une machinerie douée de vie et le personnage qui l’occupe évolue sur ses cinq plans visibles au rythme du son sans que l’on puisse  savoir si le son est sa contrainte ou si ce sont ses gestes qui le génèrent. Chacun interprète selon son propre postulat. Ce temps d’exploration est l’occasion de trouvailles d’esthétique pure où chaque instant offre un tableau, une photo noire et blanc en mouvement. Et si l’on s’affranchit du contexte de la salle de théâtre, le burlesque prend largement le pas sur le tragique de l’exigüité de cet espace clos. Chaque geste est enchantement, les bras semblent démesurés,  les jambes, les pieds ont leur autonomie propre. Le corps peut même se passer de tête et pour nous aussi la réflexion peut attendre. La performance gymnique qui permet d’évoluer sur les murs et le plafond nous dévoile un être hybride. Par moment insecte rampant sur toutes les surfaces, notre héro, bien que la tête en bas, ou le corps parallèle au sol, retrouve sa condition d’être humain, se rajustant le costard dans les postures les plus insolites. Sourires.

Les mains blanches deviennent au bout de ses bras des êtres indépendants à leur tour, chacune douée de grâce. Nouveau pas de deux, entre les mains. Nouveaux sourires.

Les lumières sont les autres habitants de ce lieu inattendu. Celle du plafond vit avec la pièce et sa respiration. Comme l’homme peut être la somme de parties autonomes, la lampe elle aussi se segmente à son tour alors que l’espace se comprime. Naissent des entités, qui se combinent ou se disloquent, lumière blanche mécanique et glacée, big brother, lumière rouge qui veille, et bras articulé, objet. L’homme intègre l’objet à son corps pour composer un nouvel hybride, le relargue, et l’objet se fait animal mécanique. Il le caresse, l’apprivoise, moment de tendresse… puis de combat dont l’homme sort provisoirement vainqueur.

Si la presse repart, l’espace qui rétrécit ne signe pas la mort de la poésie, l’homme jusqu’au bout l’explore et se l’approprie avec une grâce sans pareille. Malgré les soubresauts la fluidité persiste. Et lorsque le black out survient, on reste sans voix, captivés, subjugués de s’être laissés porter, envouter, surprendre. L’élégance a eu raison de l’oppressante situation.

L’homme était-il captif, de la machine, de lui-même ? D’aucuns y verront la métaphore de la pression du monde moderne, un univers Kafkaien, les doutes existentiels, d’autres la lutte contre l’insomnie, ou la maladie, ou la mort.

La poésie comme libération ?

Chacun peut s’il le veut porter la réflexion à sa guise ou bien s’en affranchir, la poésie subsiste…

… Magique

Contact : www.theatrealibi.com

 

25 janvier 2013

THEÂTRE DE BASTIA

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine

Quand le beau sublime la pensée

THEÂTRE DE BASTIA dans danse contemporaine puzzle1

IMBRICATIONS

 PUZ/ZLE

Le 26 janvier 2013, à 20h30

Compagnie Eastman

Chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaou

Le titre est en morceaux, fracturé dans son milieu et rabouté pour redonner du sens. Il serait à lui seul le résumé parfait de cette œuvre s’il n’y manquait pas un « s ».

Ce n’est pas un puzzle mais plusieurs que met en scène Sidi Larbi Cherkaoui.

Ce chorégraphe belgo-marocain de 36 ans, issu lui même de la recombinaison biologique et culturelle d’un père marocain et d’une mère flamande, reprend l’idée des « Boîtes de Sutra » qu’il avait explorée en 2008 avec les moines Shaolin.

Ce sont donc plusieurs puzzles d’origines différentes qui s’entremêlent pour tenter de trouver une cohérence.

Puzzle de pierre

C’est le premier qui s’impose, par la graphie inscrite dans le décor fait de blocs mouvants dont la minéralité froide se heurte, s’entrechoque, dans le travail sans relâche des bâtisseurs qui construisent et déconstruisent le temple de l’humanité. Ils sont à l’image de ce que l’on découvre dans les strates archéologiques en creusant la terre, et qui révèle les habitats successifs, les temples construits sur les vestiges d’autres temples voués à d’autres dieux. Ces blocs, ces cailloux sont aussi ceux qui érigent les murs qui se dressent aujourd’hui comme ceux qui sont tombés dans un passé encore récent. Ce sont les mausolées qu’on détruit au Mali.  Ils sont les cailloux que l’on jette, ceux de l’Intifada, ceux des lapidations, ceux des rébellions aussi. Mais ce sont aussi les pierres que l’on frappe pour en faire résonner la musique

.puzzle2-200x300 dans danse contemporaine

Puzzle de cultures

Il est fait de l’association de l’ensemble vocal corse A Filetta, de la chanteuse libanaise Fadia Tomb El-Hage, du flûtiste percussionniste et chanteur japonais Kazunari Abe, ancien soliste du groupe Kodo, et d’une troupe de onze danseurs de la Compagnie Eastman que Cherkaoui a fondée en 2010 sur la base de son propre métissage et des enseignements de l’école d’Alain Platel et Anne Teresa de Keersmaeker.

Puzzle de chants

L’ensemble corse fait résonner, au masculin pluriel, sa polyphonie emplissant l’espace d’un son qui s’enfle doucement, avec la voix de la chanteuse libanaise qui les amplifie, et leur fait écho au féminin singulier. La grammaire de cette espace sonore s’enrichit  d’un autre singulie,r Kazunari Abe, qui tétanise par la voix, scande de ses percussions ou ensorcelle par sa flûte.

Puzzle de musiques

Elles sont religieuses ou séculaires, chrétiennes ou islamiques.

Puzzle des genres

Il est fait de danse contemporaine, de théâtre, d’arts traditionnels, d’arts visuels, jalonné de bribes de récits qui disent les thèmes chers à Sidi Larbi Cherkaoui, la différence, l’amour, la tolérance.

Puzzle de corps

Ces corps qui tentent de trouver chacun sa place dans le grand ensemble, parfois solo, ou en duo, en groupe; chaine humaine qui devient colonne vertébrale d’un corps unique qui se disloque. Les corps cherchent à dépasser leurs limites dans ces combinaisons qui se font et se défont, tour à tour tendus quand ils sont accrochés aux parois, mous lorsqu’ils se laissent glisser les uns sur les autres en un mouvement presque liquide, ou minéraux dans une raideur de statues fantômes  repeuplant un musée.

Quelles sont les relations entre les différentes parties d’un tout ?

Préoccupation fondamentale du chorégraphe, il la décline à tous les niveaux, du biologique au social, association à l’image des corps simples au sein des molécules du vivant, qui lient le minéral à l’organique, , association des molécules de la vie, symbolisée par la chaine d’ADN qui se dédouble et les corps qui se clonent, association des cellules elles mêmes, qui forment les organes et les corps, association au sein de la cellule familiale, relations au sein du corps social qu’est la cité.

Et la roue qui tourne, toujours et toujours, inexorablement, mais qui accompagne les adaptations et les changements qui enrichissent un monde où ce que l’on croit établit connaîtra demain la réversibilité des choses.

Le spectacle intègre les chanteurs à la troupe sur scène, et les danseurs sont une tribu qui exécute une forme de rituel : ordonner le chaos. Mais comme dans une colonne de fourmis organisées qui rencontrent un obstacle, l’ordre se disloque.

Et dans ces imbrications et croisements qui s’opèrent, c’est la recherche d’un nouvel ordre qui compte plus que l’ordre lui-même.

Dans ce chaos mouvant qu’est la vie, un seul reste, survivant minéral, cendres ou poussière, danseur au corps poudré d’un blanc gris de pierre, il est l’espoir de la renaissance à venir.

puzzle-300x193

L’émotion pure

Ce chorégraphe habité par la préoccupation de l’humain trace une histoire foisonnante de la vie sublimée par le beau. Son puzzle intellectuel est aussi très charnel et par-dessus tout, émotionnel. Il sidère par l’image, le mouvement et le son. L’ombre elle-même a du sens. Les ombres habitent la scène autant que les êtres incarnés.

Ce spectacle, qui a été créé au Festival d’Avignon 2012 dans la magnifique carrière Boulbon, a été diffusé sur Arte en Juillet 2012. Si vous n’avez pas eu la chance d’y assister alors, ou, comme moi,  de voir sa retransmission télévisée, allez au Théâtre de Bastia vivre les émotions grandioses d’un spectacle vivant, du spectacle de la Vie.

 

Renseignements :
Théâtre Municipal
Rue Favalelli
Bastia
Tél. :     04 95 34 98 00

Efax.fr |
Mes petites astuces |
Toptendence |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Hasegmasup
| Marikeargente
| Devis de renovation