Blog'in giru

24 août 2013

A LA RENCONTRE DU THÉÂTRE

Publié par blog'in giru dans théâtre

 Entre humour et sensibilité

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A LA RENCONTRE DU THÉÂTRE  dans théâtre romeo-et-juliette1-300x114

Alexandre Oppecini propose

ROMEO ET JULIETTE,

LA RENCONTRE

 Rencontre didactique et tendre

avec un grand texte 

Ah ! Le théâtre, sa magie, sa poésie !

Nous le recevons avec le bonheur des émotions transmises.

Mais de quoi est-il fait ? Comment fabrique-t-on un beau spectacle ? Comment fait-on vibrer les spectateurs que nous sommes ?

C’est avec cette question qu’Alexandre Oppecini nous interpelle.

Ce jeune homme a depuis 2003 plongé dans le monde de la scène, endossant tour à tour le  rôle de l’acteur, du traducteur, de l’auteur, du metteur en scène ou du formateur. La fréquentation des planches et des plateaux et surtout des ateliers de théâtre qu’il anime lui a fourni matière à l’écriture d’une jolie pièce où il nous livre son expérience au contact des jeunes acteurs confrontés ici à un texte majeur, la scène du balcon dans le « Roméo et Juliette » de Shakespeare.

La situation est simple : deux acteurs et le metteur en scène sont en répétition pour travailler cette scène mythique. Au cours de cette séance nos trois personnages font l’expérience des difficultés rencontrées, tant sur le plan du jeu des acteurs, du rôle du metteur en scène dans l’appropriation d’un texte, que sur le plan des relations qui s’établissent au sein du duo d’acteurs et entre les acteurs et le metteur en scène.

C’est avec beaucoup d’humour et de tendresse qu’Alexandre Oppecini nous donne à voir un panel des écueils qui attendent les acteurs face à ce texte tant joué : grandiloquence, exagération, incapacité à faire sienne une telle situation dans un contexte peu actuel, avec son corollaire, l’intellectualisation à outrance, la peur des clichés. C’est aussi l’occasion faire découvrir des difficultés plus techniques comme le placement de la voix, l’articulation, la concordance des déplacements avec les éléments textuels, et puis surtout l’énergie que requiert le jeu théâtral si différent du jeu à l’écran avec ses voix murmurées et ses gros plans.

C’est le metteur en scène qui doit alors trouver des voies pour guider ses acteurs de la situation décrite vers leur propre imaginaire en passant par le concret, l’ambiance qui en émane. Il reviendra parfois à la lecture simple du texte, fera appel à la sincérité des acteurs en utilisant leur propre vécu comme les sentiments  sur le vif dans l’atmosphère parfois houleuse du plateau de répétition.

Il devra gérer les relations entre acteurs, leur difficulté à se livrer et à se comprendre. Leur regard l’un envers l’autre peut être critique, rude et teintée de moquerie. Les réactions sont parfois exacerbées, la colère, la jalousie, la raillerie s’invitent insidieusement, la légitimité des uns et des autres est remise en cause. Il faudra beaucoup de savoir faire au metteur en scène pour faire se rencontrer des personnalités qui se toisent et les faire se connaître mieux et s’accepter. Par des exercices de lâcher prise, par le travail de concentration, par l’humanisation des sentiments qui doivent prendre vie sur scène, il rapproche le vécu des acteurs avec les personnages interprétés. Il les amène à mettre en œuvre des sentiments complexes,  en faisant sentir la pression, en les troublant, en les poussant dans leurs retranchements, mais aussi en leur laissant le temps de digérer les indications ou de s’exprimer, en les rassurant et en leur montrant qu’ils ont compris le texte. C’est avec tact qu’il ménage les susceptibilités, qu’il s’adapte aux acteurs qu’il a choisi aussi bien sur les plans physique que moral, qu’il fait face à leurs caprices, et qu’il se confronte parfois à une remise en cause de sa propre légitimité.

Puis la glace se brise, la gêne et la pudeur se tournent en complicité et la magie opère.

Peu importe le lieu, les décors, les costumes, tout ceci reste accessoire.

Quelque soit l’auteur et son texte, aussi imposants de notoriété soient-ils, l’alchimie prend corps par le truchement du rapport humain.

C’est en tout cas la vision d’Alexandre Oppecini qui nous a convié avec « Roméo et Juliette, la rencontre » à une belle rencontre avec le texte d’un grand auteur qu’il aborde avec passion, à une belle rencontre avec le travail d’acteur sur lesquels il porte un regard tendre, à une belle rencontre avec le travail de metteur en scène où il se met lui-même en scène avec humour.

Le langage est actuel et les références aussi, pour mieux souligner l’universalité des situations et des sentiments.

 

Pour les amoureux du théâtre

Pour tous ceux que les textes classiques rebutent

Pour les jeunes qui veulent découvrir la pratique théâtrale

Cette pièce didactique est un régal, drôle, tendre et sensible et nous fait cheminer jusqu’à la scène finale qui restitue avec force les émotions subtiles de ce magnifique texte de Shakespeare.

 

Restons à l’affut de ces deux jeunes acteurs et de leur metteur en scène.

A suivre…

 

Avec   Léopoldine SERRE  (Juliette)

Robin Causse (Roméo)

Alexandre OPPECINI (lui même)

contact :

M. Alexandre OPPECINI

A la Compagnie Spirale

80 Route de San Martino

20200 Pietranera

06 15 37 87 49

alexoppecini@yahoo.com

lacompagniespirale@yahoo.com

20 mai 2013

UN KÉPI A L’ATELIER THÉÂTRE MOUVEMENT MUSIQUE

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, musique, théâtre

Fin d’une belle aventure

UN KÉPI A L'ATELIER THÉÂTRE MOUVEMENT MUSIQUE   dans danse contemporaine mon-kepi-blanc-229x300

Avec la création de la pièce de Sonia Chambretto

MON KÉPI BLANC

Par l’Atelier Théâtre Mouvement Musique

A la Fabrique de Théâtre de Bastia

Fruit de 300 heures d’atelier, stages et répétitions, cette ultime création de l’Atelier Théâtre Mouvement Musique 2007-2013, réunissant 7 jeunes femmes et adolescentes chanteuses et musiciennes, évoque des bribes de vie du légionnaire Jozef.
Pas de paradoxe à ce que ces jeunes femmes soient le vecteur de la parole des absents, n’est-ce pas souvent le cas dans nos cultures orales. Pas de paradoxe donc mais une distance. Une distance également dans les âges des protagonistes et ceux des musiciennes-chanteuses-comédiennes, à même de symboliser cette entrée dans une nouvelle vie, dans ce corps militaire où l’on endosse un autre état civil et où l’on « fait table rase du passé ».

Chambretto utilise la litanie comme une musique au cœur de la langue pour rendre le langage commun d’individus d’origines disparates qui ne parlent pas le même dialecte. La litanie, par son origine liturgique, c’est l’acte répété qui unit dans les mots de formules identiques parlées ou chantées. Ici la liturgie n’est certes pas religieuse mais elle élabore une langue commune dans le langage militaire déroulé comme un rouleau de prières tibétain ou hébraïque. Ce langage décline comme dans un manuel tout à trac et par le menu, les vêtements militaires, les acronymes utilisés pour désigner des véhicules en tous genres (VLS et autres) ou des lieux de plaisirs éphémères les BMC, bordels militaires de campagne. C’est aussi la litanie qui désigne les ennemis, du Niakoué au Fellaga, les instruments de la fanfare, les instructions à l’entrainement, les récits de combats, les commémorations. Et toujours, ponctuant cette litanie, des règles égrenées tout du long et qui structurent la vie et le mental du légionnaire.

Cette musique des mots proposée par Sonia Chambretto est ici le prétexte à un jeu de mime, base de la chorégraphie, en gestes calibrés, en ensembles bien huilés qui par moments se disloquent. Tantôt dansée, tantôt jouée, c’est une chorégraphie de l’hybride comme ces régiments, comme ces danses tribales qui rejouent combats et moments clés de la vie du groupe, un massacre dans une  cocoteraie. En ligne, en carré, en demi cercle ou face à face, ce sont les corps qui finissent les limites des espaces, matérialisés seulement par les lumières et par deux dispositifs, un alignement clairsemé de longs bambous, rideau ou barrière végétale, et sur une estrade à roulettes de fortune, deux  blocs de sièges avec strapontins.

Le chant et la musique, comme dans chaque microcosme, accompagnent le quotidien avec sa spécificité. Ici, comme dans les régiments, la musique et les chants viennent de tous horizons et les jeunes filles sur scène peuvent dévoiler leurs talents en herbe.

Instrumentistes déjà bien affirmées, nos demoiselles soldats nous régalent, au violon et alto, à la mandoline, à l’accordéon, au piano. Elles chantent, en différentes langues, un répertoire musical parcourant les deux Amériques, l’Algérie, l’Europe… des chants du monde, graves, suaves ou nostalgiques parfois plus gais lorsque le jazz s’y mêle.

Pour accompagner cette troupe de jeunes musiciennes dans cette expérience scénique, deux artistes de talents, Célia Picciocchi violoniste présente dans plusieurs formations et qu’on ne présente plus tant ses projets sont variés et innovants, et Félix Raffini à la guitare électrique. Celui-ci excelle à l’accompagnement solo, donne les ambiances et les rythmes, souvent à la marge de la scène, rarement au centre, mais efficace et précis.

Et le spectateur amusé et ému suit Jozef dans son périple de Marseille à Strasbourg en passant par les « Petites Colonies » (Algérie, Indochine, Djibouti). Nouvelle litanie, Jozef, Joseph, Ghjaseppu,…

Sonia Chambretto a grandi à Aubagne, en face de la Légion étrangère.
Mon Képi Blanc est écrit à partir d’entretiens, de conversations enregistrées avec des Képis Blancs de la Maison mère de la légion étrangère à Aubagne.

Nous avons connu et connaissons encore en Corse ces régiments et leur monde refermé sur lui-même, aussi clos ici qu’il l’est lorsqu’ils sont en mission en pays étrangers, car ces gars là , toujours en exil, n’ont plus d’autre patrie que l’horizon de leur garnison. Ce témoignage de la parole des oubliés de l’histoire est une belle page pour clore,  avec Bénédicte Flatet à la direction musicale et Catherine Graziani à la mise en scène, l’expérience commencée en 2007 par l’Atelier Théâtre Mouvement Musique et ces jeunes talents en devenir.

 

Encore sur la scène de la Fabrique de Théâtre lundi 20 mai à 18 heures.

 

Renseignements/réservations :
Fabrique de Théâtre
2 rue N.D. de Lourdes
Bastia
Tél. :             04 95 390 165
compagnie.theatre.alibi@orange.fr 
http://www.theatrealibi.com

6 mai 2013

MACHIAVELLI IN LINGUA CORSA U TEATRINU

Publié par blog'in giru dans théâtre

EN VERSION FRANÇAISE PLUS BAS

Machiavelli in lingua nustrale

MACHIAVELLI IN LINGUA CORSA        U TEATRINU dans théâtre affiche-mandracula-2-200x300

Guy Cimino adatta per U Teatrinu

A MANDRACULA

Prisentata à u teatru di Bastia

 

Eramu numerosi in Bastia à u teatru per vede ssa pezza adattata da Niccolo Machiavelli in lingua corsa. Prova chì, oghje, ci hè una vera brama per sente a lingua nustrale in una scrittura pupulara ma ricca.

E per què Guidu Cimino hà fattu una scelta interressante chì u teatru hè sempre statu un arte pupulare. Niccolo Machiavelli fù unu di i primi à mette in scena u teatru pupulare talianu chì sbuccerà nantu à a « comedia dell’arte » di u XVI seculu.

Moliere ci hà pigliatu a so inspirazione. Tutti i fili di u so teatru si trovanu dighjà in a pezza, scritta in 1520 chì mette in scena Fiurenza è i so burghesi.

Ssa pezza mette in piazza quasi tutta a tematica di Machiavelli cù a figura di u sgiò ingannatu da un più ghjovanu è più malignu chì li vole piglià a so piazza. Quì si tratta di a so moglia ma Machiavelli darretu à u persunaghju di Lucrezia simbulizeghja micca solu a donna ma dinò u pudere.

Ancu sè u scopu pare inacessibile, ci vole à mette in anda tutta a malizia pussibule, è prufittà di i desideri, di e brame d’ognunu per falli accettà ciò chì pare impussibile.

Cum’è Machiavelli Guidu Cimino principia a pezza cù un prologu. Cum’è ellu, pianta u decoru è prisenta i persunaghji. Machiavelli ellu, purtava in più l’attenzione di u spettatore nantu a so cundizione d’autore di mala sorte in pettu à a critica di u pudere.

Gallò, giuvanottu rivenutu da Parigi, aiutatu di u so servu Sirò è u s’amicu leccapiatti Licò, cercà à cunquerisce Lucrezia donna divota è pura, sposa di Nucè, puveru maritu nucente prontu à fassi ingannà.

Megliu, sò d’una parte u prete è cunfessore di a nostra moglia piosa è u so babbu stessu chì a portanu à u peccatu.

Bella sicura, ssu racontu hè l’occasine di mette in scena una lingua pupulare ind’un parlatu bastiacciu chì ci rallegra.

A chì ne piglia ne piglia : « baullu senza luchettu » , « scioccu senza baretta », « amicu di tichjina » o « cacastecchi ghjelosi ».

Ghjè un piacè di ritruvà e spressione chì tutt’ognunu cunnosce ma ch’ùn s’adupranu più tantu in lu parlatu oghjincu è chì ci rimentanu e nostre radiche paisane cum’è : « lasciatu quì rittu cum’un palu à fasgioli », « carchi cum’è susini », « trova sempre u pelu nant’à l’ove » o « carcu à soldi è pienghje a potta d’Anna ».

Da quì à quà, un pruverbiu, micca veramente feministu, ci ramenta u sgardu di l’omi nant’à e donne : « Trè pignatte, gran festa. Trè donne timpesta ». Una campazione !!

Ma ùn ci scurdemu micca chè no simu quì soprattuttu per ride, i codice di a « comedia », di a burla, sò quessi è l’attori a ci facenu tene à mente cù u so ghjocu scherzosu : u servu maliziosu, l’amicu leccapiatti, u prete più birbu chè piosu, u maritu bocchimelosu, fin’à u babbu chì pare più viziosu chè appinseratu per a so figliola…

Ancu i più seri, moglia onesta è gallente innamuratu, compianu sta pezza cù a malizia di quelli ch’anu prufittatu di u so malfattu.

E u publicu si capia, in giru à mè ùn sò chè risate è belle scaccanate.

Per falla cumpletta, Guidu Cimino hà puntuatu ogni attu cù un cantu scherzosu in la più pura tradizione pupulare.

Cù quasi nunda per decoru è pocchi costumi, Guidu Cimino ci fattu imaginà Bastia, i so carrughji, è ci hà ghjuculatu da veru.

Una serata per rende u teatru à u so primu scopu : tuccà ognunu, fendu riflette senza troppu ragiunà è sorte cù a risa in bocca, felici.

A ringrazzià l’attori di u teatrinu per ssu bellu mumentu.

Distribuzione :

Gallò : P. Tonielli

Sirò, u servu : J.L. Graziani

Licò, l’amicu leccapiatti : H. Olmeta

Nucè, u martui : J.B. Filippi

Lucrezia : C. Mattei

Sostru, u babbu : P.L. Santelli

Timuteu, u prete : J.P. Giudicelli

L’Omu/U canterinu di carrughju : S. Casalonga

 

 EN VERSION FRANÇAISE ICI

Nous étions nombreux au théâtre de Bastia pour voir cette pièce adaptée de Nicolas Machiavel en langue corse. C’est bien la preuve qu’aujourd’hui, il y a une vraie attente du public pour venir entendre notre langue corse dans une écriture populaire certes, mais riche.

En ce sens, Guy Cimino a fait un choix intéressant puisque le théâtre a toujours été un art populaire. Nicolas Machiavel fut un des premiers à mettre en scène le théâtre populaire italien qui débouchera sur la « comedia dell’arte » du XVI siècle.

Molière y a puisé son inspiration. Tous les artifices de son théâtre se trouvent déjà dans cette pièce, écrite en 1520 qui met en scène Florence et ses bourgeois.

Cette pièce met en place l’essentiel de la thématique de Machiavel avec la figure du seigneur installé trompé par un autre plus jeune et plus malin, qui aspire à prendre sa place. Ici il s’agit de son épouse mais Machiavel, derrière le personnage de Lucrezia veut symboliser non seulement la quête de la femme mais aussi celle du pouvoir.

Même si le but à atteindre parait inaccessible, il faut user de toute la perfidie possible, et profiter des désirs et des aspirations de chacun pour lui faire accepter ce qui lui paraissait impensable.

Comme Machiavel Cimino fait débuter la pièce par un prologue. Comme lui il plante le décor et présente les personnages. Par contre Machiavel, attirait en plus l’attention du spectateur sur sa condition d’auteur malheureux en proie à la critique du pouvoir.

Gallò, jeune home revenu de Paris, aidé de son serviteur Sirò et de son ami pique-assiette Licò, cherche à conquérir Lucrezia femme dévote et vertueuse, épouse de Nucè, le pauvre mari crédule pront à se faire rouler dans la farine.

Pire encore, ce sont d’une part le prêtre et confesseur de cette épouse pieuse et son propre père qui la pousse au pécher.

Bien sûr, cette histoire est l’occasion pour mettre en scène une langue populaire dans un parlé bastiais qui nous ravit.

Tout le monde en prend pour son grade : « baullu senza luchettu » , « scioccu senza baretta », « amicu di tichjina » o « cacastecchi ghjelosi ».

C’est un plaisir de retrouver des expressions corses que tout le monde connait mais qui ne sont plus tellement usitées dans le parlé d’aujourd’hui et qui nous renvoient nos racines paysanes : « lasciatu quì rittu cum’un palu à fasgioli », « carchi cum’è susini », « trova sempre u pelu nant’à l’ove » o « carcu à soldi è pienghje a potta d’Anna ».

De ci de là, un proverbe, pas vraiment féministe, nous rappelle le regard que les hommes portent souvent sur les femmes : « Trè pignatte, gran festa. Trè donne timpesta ». Un vrai régal !!

Mais nous sommes là pour rire ne l’oublions pas, et l’on retrouve les codes de la « comedia », de la farce, dans le jeu railleur des acteurs : le serviteur malin, l’ami pique-assiette, le prêtre plus gredin que pieux, le mari obséquieux, jusqu’au père qui parait plus vicelard qu’inquiet de sa fille…

Même les personnages les plus sérieux, femme honnête ou galant enamouré, finissent cette pièce avec le ton malicieux de ceux qui ont bien profité de leur mauvaise action.

Et le public se laisse entrainer, autour de moi ce ne sont que gens qui s’esclaffent et qui rient à gorge déployée.

Et pour compléter le tout, Guy Cimino a ponctué chaque acte d’une chanson drôle dans la plus pure tradition populaire.

Avec trois fois rien en guise de décor et peu d’effets de costumes Guy Cimino nous a fait imaginer Bastia, ses ruelles, et nous a vraiment divertis à souhait.

Une soirée qui ramène le théâtre à son objectif premier : toucher tout le monde, faire réfléchir sans trop y paraitre pour nous laisser repartir sortir le sourire aux lèvres, heureux.

Merci aux acteurs du Teatrinu pour ce beau moment de théâtre.

 

Distribution :

Gallò : P. Tonielli

Sirò, le serviteur : J.L. Graziani

Licò, l’ami pique-assiette : H. Olmeta

Nucè, le mari : J.B. Filippi

Lucrezia : C. Mattei

Sostru, le père : P.L. Santelli

Timuteu, le prêtre : J.P. Giudicelli

L’homme/Le chanteur de rue : S. Casalonga

 

Contacts :

U TEATRINU

Tinturaghju 20600 FURIANI
Tél.04.95.30.43.65 / 06 03 29 20 59
Fax 04.95.30.43.65

 

E-mail : uteatrinu@aol.com
Site Internet : www.uteatrinu.com

23 mars 2013

MAGISTRALE REPRESENTATION BILINGUE

Publié par blog'in giru dans théâtre

Et nouvelle dimension pour un chef-d’oeuvre 

 MAGISTRALE REPRESENTATION BILINGUE dans théâtre a-sulitutina1-300x193

Marcu Biancarelli traduit Koltes

IN A SULITUTINA

DI I CAMPI DI CUTONU

Pour une magnifique mise en scène

de la Cie Théâtre ALIBI

Une guitare égrène des arpèges presque binaires dans une lumière ténue, crépusculaire. A la verticale des lianes courbes, spiralées forment un labyrinthe au plan horizontal. Ambiance crépusculaire qui accompagne le placement des spectateurs dans la salle, c’est déjà l’introduction de la pièce. On vient s’immiscer dans le décor comme des voyeurs planqués, curieux de ce qui se trame déjà quelque part dans l’obscurité. Un changement d’ambiance sonore, perceptible, nous prévient de l’imminence de l’action.

Un homme se déplace. Crâne nu. Perdu ? Cherchant quelque chose dans l’obscurité ? Un autre le saisi, le recouvre… Dans un cri, le rejet, et le silence. Un voile de lumière vient habiller le fond de scène. A partir de cet instant le labyrinthe n’est plus dans le décor, le texte est le labyrinthe lui-même qui déroule un dialogue dans le paradoxe du monologue de deux être qui soliloquent. Et dans ce texte labyrinthique se déroule une œuvre à la fois classique, par son unité de lieu de temps et d’action, et surréaliste par sa morphologie, en apparence rhétorique, où les mots qui se bousculent et s’entrechoquent, prennent des signifiés au-delà du signifiant qu’ils semblent exprimer en première instance. La mise en situation, un dealer et un client qui se jaugent, devient vite un prétexte, hors contexte, supplanté par le texte et par le non-texte. Les non-regards puis les regards, l’obscurité et la lueur, l’immobilité ou les déplacements longilignes et félins des acteurs, dans des espaces d’abords impénétrables, puis dans le face à face qui abolit la bulle protectrice que chacun s’est octroyée, tout dans la mise en scène est au service du texte, en français pour Xavier Tavera, en corse pour Pierre Laurent Santelli.

La musicalité de la douce litanie permet au spectateur de s’installer lentement, émotionnellement dans la psychologie des personnages. Le soi-disant vendeur est respectueux alors que l’acheteur potentiel se définit immédiatement par un ricanement, où l’on perçoit déjà toute la défiance, la détresse, le désespoir, la frustration, la mise en abime et à la fois l’espoir fou qui l’anime. D’un ricanement, d’un seul, dans le non-dit, point tout ce qui sera dit ou ne le sera pas. Une émotion complexe, fugace et persistante comme une persistance rétinienne qui vous reste imprimée là. Et rien dans la voix puissante de l’acteur, qui nous livre la langue de Koltes/Biancarelli, de son phrasé corse enivrant, ne démentira la complexité des sentiments sous-tendus par ce seul ricanement. Respect.

Alors, malgré la langue châtiée, et la rhétorique bien huilée de ces monologues, c’est bien à la manière des surréalistes que les mots mis en confrontation se combinent et se nient, affrontent des notions qui foisonnent, s’enrichissent en famille, du verbe à l’adverbe, de l’adjectif au substantif, en champs lexicaux qui dévident des univers, en antonymes et synonymes qui livrent les relations ambigües entre les hommes. La langue corse ici rend étrangement plus accessible ce langage riche du registre soutenu puisqu’il est plus habituel d’y rencontrer les subjonctifs passés que dans le français du texte originel. Et sa rocaille convient mieux (et l’acteur qui la porte a la sienne propre) à l’agressivité latente du personnage.

Le travail de Marcu Biancarelli est « di prima trinca », de haute volée, puisqu’il nous restitue le texte de Koltes sans en perdre une nuance et lui donne une dimension supplémentaire. La structure de la pièce de Koltes a quelque chose à voir avec le chjam’è ripondi où chaque argument est repris dans une joute verbale avec ses règles et sa poésie. Le choix du corse supranacciu  pour le personnage en quête et en défiance est  particulièrement pertinent et la traduction croisée des sur-titres en corse suttanacciu qui répondent aux sur-titres du texte original accentue la sensation d’incommunicabilité et tout à la fois la richesse linguistique.  Una maraviglia !!!

Dans une accumulation de mots en une ronde comme une granitula qui s’enroule et se déroule, les thèmes se dégagent par effet de récurrence. Où l’on parle des désirs, des plaisirs, de jouissance et de sexe, queue et cul, sous couvert d’un objet recherché que l’on ne nomme pas. Où l’on parle de l’humanité et de son animalité que l’on décline en animaux sauvages, chien, cheval, porc, poule, taureau, baleines ou poux. Où l’on parle du temps, celui qu’on a ou qu’on n’a pas, celui qu’on prend, un atout, presque une arme contre l’impatience du désir. La vitesse et la lenteur. Les éléments liquides, eau, fleuves, pluie ou vapeur, crachats puis sang, sont les puissants vecteurs du temps et de la vie, fluides corporels vitaux, semence qui s’écoule et qui unit, qui se perd aussi avec la stérilité qui s’oppose à la fertilité. La fuite de ces fluides fait écho à la fuite des désirs ou à la fuite face au désir. Où l’on évoque la filiation, la fratrie, le couple comme image du lien. Les normes sociales ou naturelles, les tabous, la virginité, le viol, les hommes et les femmes, forts et faibles qui peuvent tour à tour comme nos personnages être en position dominante, brutes ou demoiselles aux bombes lacrymogènes.

Comme une partition musicale et gestuelle les deux acteurs nous rendent cette perfection formelle du texte dans toute sa profondeur énigmatique comme dans un dialogue philosophique ou une deputatio médiévale. Par leur présence ou leur transparence, leur verticalité ou leur souplesse jusqu’au sol, couchés, roulés, fatigués… Ici la compréhension s’installe au-delà des phrases entre lumière et obscurité, entre le chaud et le froid, entre le creux et la saillie, entre la vierge et la putain. Et l’espace lui-même structuré seulement par les mots, structure à son tour le propos, le dehors, les frontières, l’ici et le nulle part, le point et le parcours, le haut et le bas, entre la ligne droite et la ligne courbe, alors le flou et le précis, le licite et l’illicite se dessinent, l’honnêteté et la culpabilité, l’idée et l’objet, l’intention et l’action, la prison et la liberté (jusque dans le refus). Une résonance particulière se glisse dans la bouche du quêteur en pays étranger puisque le mot « autochtone » sonne dans le corse de Santelli/Biancarelli avec ce sarcasme de nos emprunts linguistiques bien choisis.

En filigrane on perçoit aussi un positionnement politique, la seule injustice étant le hasard de la naissance. Et un postulat : la diplomatie est la première phase du conflit, à la séduction succède l’intimidation puis la confrontation ; il n’y a pas de médiation possible entre les hommes. Cette incommunicabilité est servie par le souffle lyrique des deux acteurs qui portent la confrontation des langues et la confrontation des corps.

Quel est donc l’objet de ce désir jamais nommé et dont l’absence de désignation annihile le deal ? La came peut-être ou bien les armes, la prostitution, le sexe, la drague, l’amitié ou…l’amour. Et par une défiance ou un malentendu, on ne deal pas cet objet de désir mais on deal le deal de cet objet !!! Ce qui acte l’échec de la rencontre quelle qu’elle eut été, et installe le dépit et la rancœur d’avoir été méconnu et floué. Dans cet impossible dialogue, le rapport sexuel et amoureux serait l’objet du deal ?… Le rêve est une transgression que l’on n’a pas osé assumer et les ni…ni et les « zeri belli tonduli » d’un coup se projettent en une accélération/intensification des échanges. Terrible constat, en lieu de cette promesse il n’y a que néant, mal être et désespoir contenus dans ces « pare amore, ma pare solu », « ùn aghju gosu di nulla », « ùn ci n’hé amore », et l’incommunicabilité de ces « ùn aghju dettu nulla ».

Basta ! Tuttu ùn si pò dì, u lume, ssu chjar’di luna trà u frondame, u ritimu, u sonu, i silenzii…cume un ribombu à u testu. Pò pò pò ! Chì teatru !!

Création bilingue français/ corsu supranacciu sur-titrée français / corsu suttanacciu

Adaptation de l’oeuvre de Bernard-Marie Koltès
Mise en scène François Bergoin
Traduction Marcu Biancarelli
Avec Pierre-Laurent Santelli & Xavier Tavera
Vidéo Fabien Delisle
Lumière Sylvain Brossard
 

21 mars 2013

Spaziu Natale Luciani

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, Hip Hop, théâtre

Expérimentation dans l’art du spectacle vivant

Spaziu Natale Luciani dans danse contemporaine artmouv-3-300x197

De la Cie Art Mouv’ et du collectif Jeu de Jambes

AU FAIT QU’EST-CE QU’IL A

VOULU DIRE L’AUTEUR ?

Transgenre

Doit-on poser une étiquette sur chaque spectacle, codifier, classer, cataloguer ?

Théâtre ? Danse ? L’écriture journalistique bien souvent l’impose… Mais ici tout s’y oppose !! Et rien que de le dire nous voici immédiatement dans le cœur du spectacle que propose la Compagnie Art Mouv’. Ou bien devrais-je dire le collectif Art Mouv’/Zone Libre intégrant l’art sonore… ou même le collectif Art Mouv’/Zone libre /Jeu de jambes intégrant des danseurs de Hip Hop. Et cette digression est elle aussi évocatrice. Oui, il s’agit bien ici de métissage, d’hybridation, de transgénèse expérimentale. Pour moi, spectateur complètement néophyte qui plonge dans l’inconnu et découvre pour la première fois ces artistes, cela transparait immédiatement.

Dès l’installation, toute distance semble abolie et le spectacle qui débute efface les limites de la scène du Spaziu Natale Luciani. Art de rue. Performance.

D’ailleurs les deux hommes et la femme qui se présentent dans l’espace portent tous trois costume de ville. Vêtements qui joueront leur rôle dans la grande expérimentation des hybridations et des métissages.

Ce processus ne peut exister que dans les contrastes et les cultures confrontées.

Les bases en sont posées par les premières oppositions qui se dévoilent : deux hommes/une femme, deux blancs/un black, le silence/le son, un tempo comme un cœur qui bat, simple et sans phrasé autre que ce rythme vital/un violoncelle qui vient le remplacer tendre et profond comme une parole bienfaisante. L’immobilité/le mouvement…

Chacun des trois personnages compose une partition gestuelle totalement différente, elle, avec des mouvements de bras amples très « danse contemporaine », l’autre des claquettes étrangement rapides sur ce chant de violoncelle lent et grave, le troisième effectue des figures de Hip Hop. Un quatrième ajoute du théâtre à ce trio de danse.

Tout au long du spectacle ces univers vont s’opposer, se mélanger, se tordre, et, non pas se fondre mais créer un nouvel univers, avec ses caractéristiques propres qui engendre sa propre poésie. Des glissements s’opèrent, des décloisonnements s’effectuent.

Du coté sonore, la lenteur et la vélocité se combinent pour créer un rythme asynchrone et envoutant. Les mots et la musique. Le silence et le son. Le monde de l’enfant et celui de l’adulte. Le trivial et la poésie. Le sérieux et le rire. L’ironie et l’harmonie. Les mots dits, les inaudibles, les mots écrits. Les langues, les cultures. Les genres.

De la scénographie minimaliste se dégage la richesse d’une inventivité débridée où le seul choix des chaises qui constituent l’unique décor permet à la fois des jeux de lumière et des détournements d’objets. Car ces chaises de plastique transparent à facettes dansent avec les danseurs en des pirouettes qui les font femmes vêtues de strass scintillants, deviennent les rues où l’on court, les transats où l’on se prélasse, les lits où l’on dort, les limites de la cour d’une école, les rochers où l’on saute, des brouettes, des caractères d’imprimerie… Le vide, le plein.… Poésie…

De même les vêtements simples se métamorphosent, se retournent, sont les nappes d’un repas sur l’herbe, la cape d’un toréador, un bandana sur la tête, des partenaires de danse… Ils en dévoilent d’autres tout aussi simples mais porteurs d’autres résonances.

Les corps sont les véritables instruments de ce ballet sonore. Bien que les mots et les chants semblent les vecteurs du fil conducteur, avec les comptines enfantines, les souvenirs d’enfances, la prose poétique de Prévert, et autres proverbes et dictons, le corps seul se suffit à lui-même et l’on pourrait imaginer cette chorégraphie comme un mime, un film muet qui parle de façon organique, comme si le chorégraphe s’était affranchi du monde sonore pour ne se laisser guider que par la théâtralité des corps. Des oiseaux s’envolent au bout des mains, des cygnes glissent au fil de l’eau. Poésie.

L’hybridation des genres chorégraphiques est au cœur de ce processus, danse contemporaine, Hip Hop, quelques pas de claquettes, esquisse d’un tango, phrases chorégraphiques, claquements de mains, claquements de pieds. Une battle entre deux,  comme un dialogue impossible, laisse place à l’écoute du corps et à l’apprentissage de l’autre, pour établir finalement un langage partagé, une connivence dans la danse qui laisse place aux individualités en une chorégraphie commune et des solos échangés, comme des mots dansés. Les équilibres et les déséquilibres, des portés, des glissés, des roulés, des déroulés, des tête à tête à trois, des pas de deux, des patineurs, des couples enlacés, des gifles, des réveils, des départs, des arts martiaux, des nunchaku, des lanceurs de drapeau, asynchrones à la musique et au son. Inventaire à la Prévert.

La lumière enfin, pourtant faible, organise discrètement l’espace, les lieux de vie, les distances, invente la bruine, sculpte cette brume, et fait d’une femme une fleur qui vit sous la rosée. Lorsque le portemanteau/SDF/roi/derviche tourneur l’englobe et l’absorbe, c’est sa disparition qui clôt cet espace poétique.

Pas de lourdeur dans cet inventaire. L’étrange, poétique et doux.

 

Création danse contemporaine hip hop
Compagnie : Collectif Art Mouv/Zone Libre
Production associée : Moov’n Aktion
Direction Artistique : Hélène Taddeï Lawson
Création et interprétation : Alex Benth, Jean-Claude Guilbert, Charly Moandal, Hélène Taddeï Lawson et d’autres membres du Collectif jeu de jambes
Création sonore : Tommy Lawson
Création vidéo : Stéphane Broc
Lumière : Erick Plaza Cochet

 

Contacts:
www.artmouv.com
ccu@univ-corse.fr Tel : 04 95 45 00 78

 

15 mars 2013

THEÂTRE ALIBI

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, théâtre

Un spectacle à couper le souffle

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Inclassable et poétique

PRESS

De Pierre Rigal par la Cie Dernière minute

 

Vous êtes réfractaire au théâtre, à la danse contemporaine, vous trouvez cela un tantinet trop intellectuel à votre goût ? Pierre Rigal vous réconcilie avec les deux. Oubliez l’idée de huit clos, les présentations sur nos peurs modernes, sur le combat contre l’enfermement, la solitude ou la dépression et laissez-vous entrainer dans un univers poétique comme on regarde Buster Keaton ou Charly Chaplin dans « Les temps modernes ». La beauté qui en émane surpasse le poids de la réflexion sur la condition de l’humain se confrontant à la machine. Retrouvons notre âme d’enfant.

Un homme, façon Matrix, élégant dans son costume noir, occupe un espace clos de deux mètres sur trois occupé par une chaise et une lampe de bureau. Cet homme et l’espace avec lequel il interagit par des forces magnétiques puissantes entament un pas de deux, une danse envoutante qui les lie dans un enchainement virtuose comme un funambule à son fil. A la fois danseur, acteur, graphiste de lumières et d’ombres, l’homme, d’un flegme inébranlable, explore cet espace dans ses trois dimensions et l’on entre dans un monde parallèle où les lois de la gravité n’ont plus cours. L’espace  respire, se contracte et se dilate, mu par une machinerie douée de vie et le personnage qui l’occupe évolue sur ses cinq plans visibles au rythme du son sans que l’on puisse  savoir si le son est sa contrainte ou si ce sont ses gestes qui le génèrent. Chacun interprète selon son propre postulat. Ce temps d’exploration est l’occasion de trouvailles d’esthétique pure où chaque instant offre un tableau, une photo noire et blanc en mouvement. Et si l’on s’affranchit du contexte de la salle de théâtre, le burlesque prend largement le pas sur le tragique de l’exigüité de cet espace clos. Chaque geste est enchantement, les bras semblent démesurés,  les jambes, les pieds ont leur autonomie propre. Le corps peut même se passer de tête et pour nous aussi la réflexion peut attendre. La performance gymnique qui permet d’évoluer sur les murs et le plafond nous dévoile un être hybride. Par moment insecte rampant sur toutes les surfaces, notre héro, bien que la tête en bas, ou le corps parallèle au sol, retrouve sa condition d’être humain, se rajustant le costard dans les postures les plus insolites. Sourires.

Les mains blanches deviennent au bout de ses bras des êtres indépendants à leur tour, chacune douée de grâce. Nouveau pas de deux, entre les mains. Nouveaux sourires.

Les lumières sont les autres habitants de ce lieu inattendu. Celle du plafond vit avec la pièce et sa respiration. Comme l’homme peut être la somme de parties autonomes, la lampe elle aussi se segmente à son tour alors que l’espace se comprime. Naissent des entités, qui se combinent ou se disloquent, lumière blanche mécanique et glacée, big brother, lumière rouge qui veille, et bras articulé, objet. L’homme intègre l’objet à son corps pour composer un nouvel hybride, le relargue, et l’objet se fait animal mécanique. Il le caresse, l’apprivoise, moment de tendresse… puis de combat dont l’homme sort provisoirement vainqueur.

Si la presse repart, l’espace qui rétrécit ne signe pas la mort de la poésie, l’homme jusqu’au bout l’explore et se l’approprie avec une grâce sans pareille. Malgré les soubresauts la fluidité persiste. Et lorsque le black out survient, on reste sans voix, captivés, subjugués de s’être laissés porter, envouter, surprendre. L’élégance a eu raison de l’oppressante situation.

L’homme était-il captif, de la machine, de lui-même ? D’aucuns y verront la métaphore de la pression du monde moderne, un univers Kafkaien, les doutes existentiels, d’autres la lutte contre l’insomnie, ou la maladie, ou la mort.

La poésie comme libération ?

Chacun peut s’il le veut porter la réflexion à sa guise ou bien s’en affranchir, la poésie subsiste…

… Magique

Contact : www.theatrealibi.com

 

9 mars 2013

E TEATRALE,UNE INVITE A L’ÉTRANGE

Publié par blog'in giru dans théâtre

De Monticellu vient l’insolite

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Dans sa scénographie précédente

Surréaliste et déjantée

LE TOUR DES MAUX DITS

Par Les désespérantes idiotesde Monticelli

Espace nu, corps moulés dans des justaucorps noirs, visages masqués de loups, scène noire, fond de scène noire. Une tour, assez haute, faite de quelques barres de métal sombre, sans symétrie aucune et qui occupe bien peu de place dans ce grand espace scénique où seuls les contrastes et les jeux de brillance dessinent des lieux qui n’en sont pas vraiment.

Un fauteuil façon trône, bardé des lumières féériques qui accompagnent habituellement les instants festifs de nos vies, place à coté de la tour une singularité qui attire les regards.

Les quelques spots s’éteignent et  l’obscurité n’est plus déchirée que par le fauteuil des lumières.

Les voix s’élèvent qui portent les mots sur un ton à la fois assuré, étrange et dérangeant, un peu chantant, où la perfidie n’est qu’un leurre pour masquer la sensibilité à fleur de peau.

La pièce porte bien son nom car c’est une mise en mots, de tous nos maudits maux qui sont enfin dits. Au sein de l’obscurité nait la vérité. Une vérité, celle du ressenti profond, enfoui et libéré. Et elle est parfois chantée.

Non content de troubler par ses mots, cet ovni théâtral trouble une partie de l’assistance médusée car les rôles sont portés tour à tour par les différents acteurs dans l’indifférence de leur sexe, la femme est incarnée successivement par la comédienne ou le comédien, l’enfant devient l’amant… Temps d’accommodation.

Les mots sont là, parfois las, les corps s’enlacent, les corps se cabrent, les mains s’adonnent au jeu des caresses, les mains s’abandonnent à la colère, les mains se donnent le droit à la délivrance, pour délivrer l’autre qui souffre ou pour se délivrer de soi-même, de ce poids qui de jour en jour plombe tout de la difficulté de vivre la maladie, l’hypocrisie, la solitude.

La tour c’est nous, nous la parcourons avec ces comédiens un peu danseurs, un peu acrobates comme à notre image, du bas vers le haut, en nous libérant des mots et des maux que l’on a bien clos à l’abri des jugements que l’on redoute, et du haut vers le bas, vers le centre de nous-mêmes, pour explorer nos propres catacombes enfouies sous l’édifice parfois branlant que nous offrons aux regards.

Tout est exposé, cru, sans fard, avec pour toile de fond la maladie, le handicap, la souffrance et la mort, qui viennent prendre une place à part entière au sein du couple, des relations parents-enfants, des relations adultères, ou libertines, et en surimpression la dépendance, l’indépendance, la différence, l’indifférence.

Les mots comme les maux qu’ils portent sont durs à nos oreilles, SEP, Papilloma virus, cancer. Tentative d’y établir une hiérarchie dans la souffrance et de savoir ce qui la définit : l’intensité de sa morsure sur le  corps, sa durée, l’angoisse qui la nourrit, les absences qu’elle révèle, la solitude où elle enferme, le souvenir des plaisirs passés…

Mais ce serait mentir que de présenter cette pièce avec la vérité crue de l’évaluation clinique. Car bien souvent la vie résiste, la vie réside dans ces petites joies qui viennent éclairer de leur petite lumière les quotidiens les plus sombres.

Il faut le dire, nous, public, nous rions aux éclats, de cette manière brutale qui fait soudain exploser la boule d’angoisse qui enfle dans les moments difficiles, de cette manière irrépressible qui provoque un spasme qui n’en finit plus et qui unit le public que nous sommes dans la complicité la plus intime.

Oui, Laure Salama, par son écriture, nous provoque, nous livre nos pensées les  plus « politiquement incorrectes », les plus « socialement inavouables » et ça résonne en nous avec un son de véracité qui fait mouche.

Mais elle nous enivre aussi d’un humour qui déchire la toile de l’horizon obscurci par les  maux l’habitent.

Nous oscillons sans cesse et sans crier gare entre cette pression qui augmente au fil des maux dits, poignante par moment, et ce rire qui libère, si sain, si complice, et étrangement pas grinçant du tout, pas jaune, un bon, un vrai rire qui vient du fond des trippes. Un rire qui n’a pas d’âge, ni de condition sociale, un rire qui unit. Un rire franc.

Ce rire prend possession de nos corps. Et de corps il en est question ici.

Corps pourvoyeur du plaisir aussi, plaisir de ce corps qui peut certes nous trahir mais qui encore et encore palpite, qui nous fait sentir la vie qui coule en nous, moments de jouissance pure entre deux mots si durs, entre deux maux qui durent.

Tout se fait dans une esthétique dénudée où la nouvelle scénographie, qui confine à l’épure, esquisse des espaces dans la tour, dans les abords de la tour et au loin dans les confins de l’espace, dessinée par la lumière la pénombre et l’obscurité. Comme ce corps qui vient se heurter au fin fond de cette scène profonde et vide sur une plaque métallique et noire qui résonne comme un gong, et ce corps se démène et danse contre ce mur infranchissable.

Et l’on baise, comme Higelin baise la vie : on baise avec son conjoint, un peu, on baise avec sa maitresse ou son amant, plus frénétiquement, on côtoie l’échangisme dans un mélange des corps, le SM dans l’avilissement maitrisé et consenti, on prend son pied, même lorsque l’acte n’est motivé que par le besoin d’un sexe masculin pour une procréation assistée.

La vie, quoi ! dans toute sa complexité.

Un OVNI disais-je, rencontre d’un troisième type.

Merci au festival E Teatrale pour cette rencontre.

 

Ecrit et mis en scène par : Laure SALAMA

Avec : Jean-Emmanuel PAGNI, Laure SALAMA et Pascal TAGNATI

Musique : Ben FORKE

Création Lumières : Jean-Luc CHANONAT

Scénographie : Delphine CIAVALDINI

Costumes : Delphine CIAVALDINI

contact :

https://www.facebook.com/messages/laure.salama.9   https://www.facebook.com/laure.salama.9

 

 

6 mars 2013

E TEATRALE

Publié par blog'in giru dans théâtre

U teatrinu nous met une baffe

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Avec le drame de Marco Cini

A SINTENZA

Et la mise en scène de Guy Cimino

Cette année, pour une programmation d’une semaine, le Festival du Théâtre de Corse, E Teatrale, présente une production multilingue pour sa partie scène ouverte (« L’ours » du Svegliu Calvese en cinq langues) et uniquement deux pièces à dominante de langue corse pour la programmation officielle. La première est « U chjarasgetu » adapté d’après Tchekhov par la troupe Unità Teatrale (voir l’article déjà paru sur ce blog). De plus en plus, et cela depuis le magnifique film « Liberata », les auteurs ont su donner du sens à ce multilinguisme mouvant insulaire. Comme pour ce dernier, Marco Cini déroule l’action de « A sintenza » dans une situation plurilingue naturelle à la Corse, puisque, en plus du Corse et du Français, la présence de l’Italien, « langue toit» du Corse contemporain s’inscrit dans le paysage linguistique de l’Ile notamment sur les ferry de la compagnie italienne qui dessert nos cotes durant la période estivale.

 

Le propos est sans conteste dramatique et pourtant, cette pièce courte, d’une cinquantaine de minutes seulement, nous entraine de plain-pied et sans concessions dans les questions de fond de la problématique de la société insulaire d’aujourd’hui. Si Marco Cini, directeur du Centre d’études et de documentation Salvatore-Viale de Bastia et auteur d’essais sur les élites du XIXe siècle en Italie et en Corse, a voulu nous proposer un drame historique, la dimension actuelle est telle que les éléments à même de nous éclairer sur l’époque évoquée ne s’imposent pas de façon pertinente. Ces dames y discutent d’«elli », de ceux que l’on ne peut nommer et qui traumatisent la société insulaire, ceux que l’on craint à mots couverts, ceux que l’autorité, la justice, et la démocratie feignent de ne pouvoir véritablement condamner. Ou bien est-ce la société corse, devenue « u paese di l’acquambocca » qui cautionne ?

Le sang versé, c’est la première action de la pièce, seulement audible, un coup de feu, c’est tout.

Les points de vue qui traversent notre société sont tous représentés : à qui a peur, à qui propose de dénoncer les auteurs des violences, à qui veut fuir ce mal pire que la guerre, « qualcosa di più viziosu, più piattu », « u toscu, u  velenu ». Les incursions dans l’Histoire ne font que conforter le spectateur dans l’universalité du propos puisque déjà en 1799 une lettre adressée par Monsieur Feydel aux membres du Directoire à Paris, rapport sur la Corse publié par la suite sous le titre Mœurs et Coutumes des Corses, portait en elle tous les clichés encore en usage à l’heure actuelle.

De même les propos délirants d’un passager italien reprenant quasiment mot pour mot les grandes tirades mussoliniennes sur la Corse en disent long sur la situation géopolitique de l’île et l’intérêt qu’elle suscite d’un point de vue géostratégique pour les grands états qui l’avoisinent.

Pour établir cette intemporalité, les lieux et les dates sont dématérialisés, avec une scénographie minimaliste où l’espace théâtrale dans son ensemble, travées incluses, figure à la fois une place, un wagon de train, le pont d’un ferry quittant la Corse. En faisant l’économie des costumes et des décors plus lourds, Guy Cimino a fait le pari de la puissance du texte, de la vérité des situations et de la justesse des mots. Et cela fonctionne !!! Le parti pris est à saluer car l’acte de mise en scène est avant tout un acte de choix. Et c’est lorsqu’un choix est fait et assumé qu’il donne sa pleine cohérence à l’ensemble.

Ici, pour assumer son choix du dépouillement scénique au profit du texte, Guy Cimino fait appel à des acteurs d’une grande justesse. Il me semble que je viens de croiser Corinne Mattei et Francine Massiani au café d’en face, Jean Pierre Giudicelli nous fait un fasciste plus vrai que nature et Pierre Laurent Santelli porte à lui seul deux personnages fort contradictoires, puisqu’il est à la fois le porte fusil, l’assassin mu par la « vindetta » et l’esprit de famille qui l’enracine dans la Terre et dans le drame, mais aussi le Français, qu’il soit touriste ou résident, qui aime la terre, l’eau, le soleil, les hommes et les femmes de cette île de « Keurse » et qui le dit. Clin d’œil pour qui a lu la lettre militante de Pierre Laurent Santelli : « un Keurse brise la loi du silence ». Tous savent porter la pièce sur un rythme qui ne nous laisse pas de répit avec un texte riche, riche de réflexion, riche de belle(s) langue(s). De plus avec une clarté de diction qui réconcilie les moins aguerris à la langue Corse (et à l’Italien, ne l’ayant pas étudié moi-même hélas). Enfin, une mention spéciale pour Henri Olmeta qui habite littéralement son texte, il porte notre indignation, nos aspirations, nos contradictions. Il est nous, nous tous.

 

Comme Santelli nous y invite à la fin du spectacle, profitons de cette pièce pour faire circuler la Parole Citoyenne.

Contact : E Teatrale  tel : 06 12 89 56 25

ass.eteatrale@yahoo.fr

https://www.facebook.com/messages/eteatrale.eteatrale 

 

18 février 2013

DE LA GRANDE MISE EN SCÈNE AU THÉÂTRE DE BASTIA

Publié par blog'in giru dans théâtre

Retour sur une représentation grand cru

DE LA GRANDE MISE EN SCÈNE AU THÉÂTRE DE BASTIA dans théâtre les-liaisons-dangereuses-photo

John Malkovitch met en scène 

LES LIAISONS

DANGEREUSES

avec brio !

 

Moderne, résolument moderne !

Et ce ne sont pas les téléphones portables ou les i pad  utilisés en guise de correspondance qui font la modernité de ce spectacle d’une qualité exceptionnelle donné au Théâtre de Bastia. Ni même les costumes mi anciens mi contemporains. Non ! C’est bien autre chose.

Et pourtant c’est l’accroche usitée dans la plus part des écrits faisant la promotion de cette pièce !

On pourrait même dire que tout cela est bien anecdotique.

La vraie modernité de ce spectacle est d’une autre nature, plus subtile. Tout d’abord les personnages du roman de Choderlos de Laclos ont retrouvé leur jeunesse originelle. Le texte est porté par une troupe de jeunes acteurs pleins de fougue au talent absolument formidable. Les dialogues choisis ont le redoutable pouvoir nous entrainer dans cette intrigue et de ne plus nous lâcher.

Une mise en scène sans temps mort rythme l’ensemble.

Sur un plateau assez sobre les quelques éléments de décor restent visibles et sont déplacés avec beaucoup de drôlerie par les acteurs eux-mêmes. Les huit personnages y sont présents presqu’en permanence : ceux qui n’interviennent pas dans la scène sont assis comme des danseurs attendant une invitation à rejoindre la piste de danse, et sont approchés, regardés ou effleurés au gré de l’évocation qui en est faite par les personnages qui déroulent les dialogues. Il s’en dégage un humour jouissif, comme si l’on assistait en images aux pensées ou aux fantasmes ébauchés qui habitent les personnages pendant leurs échanges. Et c’est, me semble-t-il, la plus belle trouvaille de la mise en scène.

Tout contribue à faire naître et à entretenir ce sourire intérieur, tant la narration faite par Azolan, le domestique dévoué de Valmont, que les scènes cocasses qui distancient le spectateur de la perversité des intrigues. Ainsi en est-il d’un déplacement d’acteurs au ralenti, rappelant l’univers du cinéma qui a fait redécouvrir ce texte de 1782 grâce au film de Stephen Frears. Clin d’œil du metteur en scène John Malkovich qui y tenait en personne le rôle de principal.

La scène mythique où Valmont dicte sa lettre pour sa nouvelle proie à sa libertine maîtresse est elle aussi d’une fabuleuse drôlerie : Emilie, à la chevelure rousse flamboyante et aux formes avantageuses, est pour ainsi dire nue sur scène. A peine vêtue d’un déshabillé de voile noir complètement transparent, elle prête ses chairs aux caresses très explicites de Valmont. Celui-ci l’enfourche, et la soumet à ses caprices tout en jouant de son corps pour faire un écho plein d’humour aux propos de sa lettre.  Le tout ponctué de petites tapes canailles sur le postérieur offert.

Et si certains dans le public, et pas toujours des plus âgés, s’en offusquent, c’est bien peu de chose à l’heure du porno sur les écrans de toute une génération d’adolescents, à l’heure des sites et des boîtes échangistes mis à la portée de tous, à l’heure des scandales sexuels qui émaillent l’actualité politique ou sportive en France comme ailleurs.

C’est l’humeur qui donne le ton. D’autant que le libertinage n’est pas non plus le nœud de l’intrigue.

La jeunesse de ce texte de plus de deux siècles se débusque aussi dans la manière dont Merteuil dépeint sa condition de femme «vouée par état au silence et à l’inaction », condition qu’elle rejette très jeune, entrant de plein pied dans une conception très moderne de la femme indépendante qui veut garder la maîtrise totale de son destin. L’expression de cet intense désir de liberté est un moment fort qui humanise cette manipulatrice à l’esprit retors.

Le découpage du texte en ce qui pourrait être qualifié de deux actes est lui aussi intéressant : le premier très long déroule l’intrigue et les intrigues des ces deux intrigants, le second très court ramène tout ce petit monde au principe de réalité. L’ego est une bombe à retardement et nous restons le meilleur ennemi à nous même. Le décor suggéré des appartements privés fait place de façon tout aussi suggestive au décor du sous bois où s’achève le trajet de notre Vicomte au charme ravageur. Ce bref acte final s’articule autour du duel mené à l’épée avec maestria, à l’issu duquel les deux libertins sont déchus de leur superbe, victimes de leur orgueil incommensurable.

Le spectacle s’achève, le public est conquis et je le suis aussi !!

Belle pierre apportée à la programmation du Théâtre de Bastia

 

Mise en scène : John Malkovich
Adaptation : Christopher Hampton
Avec :
Sophie Barjac
Rosa Bursztein
Jina Djemba
Lazare Herson-Macarel
Mabô Kouyaté
Yannik Landrein
Pauline Moulène
Julie Moulier
Lola Naymark

Contact :
Théâtre Municipal
Rue Favalelli   Bastia
Tél. : 04 95 34 98 00

16 février 2013

TCHEKHOV AU SPAZIU NATALE LUCIANI

Publié par blog'in giru dans théâtre

Un grand classique adapté en langue corse

TCHEKHOV AU SPAZIU NATALE LUCIANI dans théâtre uchjarasgetu-def-300x149

Quand l’universalité du texte

LA CERISAIE

U CHJARASGETU

Prend des allures prémonitoires

Une gageure !

Adapter un classique de Tchekhov en langue corse, voilà qui attise ma curiosité !

Me voici donc face à la scène intimiste du Spaziu Natale Luciani di Corti, pour découvrir cette pièce écrite au début du XXème sciècle.

De suite le charme opère. Décor intemporel de voiles couleur crème et de sièges fruits rouges un peu passé. Douceur d’une demeure où le temps s’égrène dans la paix immuable des maisons de vacance.

Lopakhine, vêtu tout de crème de pied en cape, jusqu’au haut de forme dont il est coiffé, plein du dynamisme de l’homme assoiffé de réussite sociale, va immédiatement nous plonger dans notre propre réalité, celle de la Corse de 2013.

Quoi plus éloigné, géographiquement, temporellement et politiquement que la corse de 2013, petite île de Méditerranée au sein d’une société mondialisée et le vaste pays d’Europe de l’est qu’est la Russie de 1905, quelques années avant la Révolution. Hormis les noms, que l’on ne remarque guère d’ailleurs tant l’adaptation corse formidable nous transporte dans nos villages, tout nous renvoie à nos problématiques insulaires.

Les sommes dues pour conserver les terrains de famille à la campagne n’étant pas disponibles, ceux-ci sont soumis à une pression immobilière qui ne laisse guère de possibilité.  Alors il faut vendre ou être saisi. Les parcelles agricoles sont converties à prix d’or en parcelles constructibles destinées à des lotissements pour les estivants venus de la ville proche.

Incroyable d’actualité, non ?

Et qui fait le jeu du démantèlement, du morcèlement des terrains agricoles ? Lopakhine, ce fils de « zappaghjolu», de paysan, pétri d’ambition et de revanche sur sa propre condition, avide de toujours plus d’argent, arrogant dans sa réussite. Un parvenu…

Autre thématique prégnante : la diaspora. Cette famille, comme les nôtres, a vu une partie de ses membres s’exiler à Paris, eh oui ! tandis que les autres sont restés dans la maison familiale : les mêmes causes ayant souvent les mêmes effets, la langue maternelle cède le pas au français, et la culture ancestrale, qui assurait la survie, se perd faute de trouver sa place dans une société de la consommation immédiate.

Et l’on retrouve la figure de l’idéaliste, éternel étudiant, qui donne des cours particuliers pour subsister. Outre l’ode qu’il déclame à la nature, il porte sur cette société en mutation sa terrible lucidité, et éclaire de son regard sans complaisance l’existence de la précarité et des taudis qu’elle engendre, l’insuffisance des politiques et les carences de l’éducation. Altermondialiste dans l’âme, il prône l’utilisation de l’argent pour révolutionner le monde dans sa globalité.

Comme le notre, ce monde est pris en tenaille entre passé et futur, entre la reconnaissance du savoir faire d’antan, la nostalgie des souvenirs heureux et le pragmatisme paysan ou la soif et la confiance dans les mutations en route vers un avenir prometteur.

Les trouvailles de l’adaptation en langue corse de Francis Marcantei contribuent à l’intemporalité du propos. Seuls les costumes tous couleur crème donnent une teinte sépia à l’ensemble.

Cette pièce sera à nouveau donnée en langue corse sur-titrée en français, les 18 et 19 février au théâtre des Béliers Parisiens dans le 18ème, où elle questionnera certainement la diaspora corse comme elle a, espérons le, questionné le public du Spaziu Natale Luciani !

 

Descritif :

Auteur : Anton Pavlovitch Tchekhov,

Adaptation Francis Marcantei
Artistes : François Berlinghi, Pauline Macia, Charlotte Arrighi de Casanova, Lionel Tavera, Jacques Filippi, Laurent Franchi, Antoine Liguori, Anaîs Gaggeri, Antoine Belloni, Camille Nesa, Marie-Jo Oliva, François Xavier Marchi
Metteur en scène : Jean-Pierre Lanfranchi

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