Blog'in giru

23 mars 2013

MAGISTRALE REPRESENTATION BILINGUE

Publié par blog'in giru dans théâtre

Et nouvelle dimension pour un chef-d’oeuvre 

 MAGISTRALE REPRESENTATION BILINGUE dans théâtre a-sulitutina1-300x193

Marcu Biancarelli traduit Koltes

IN A SULITUTINA

DI I CAMPI DI CUTONU

Pour une magnifique mise en scène

de la Cie Théâtre ALIBI

Une guitare égrène des arpèges presque binaires dans une lumière ténue, crépusculaire. A la verticale des lianes courbes, spiralées forment un labyrinthe au plan horizontal. Ambiance crépusculaire qui accompagne le placement des spectateurs dans la salle, c’est déjà l’introduction de la pièce. On vient s’immiscer dans le décor comme des voyeurs planqués, curieux de ce qui se trame déjà quelque part dans l’obscurité. Un changement d’ambiance sonore, perceptible, nous prévient de l’imminence de l’action.

Un homme se déplace. Crâne nu. Perdu ? Cherchant quelque chose dans l’obscurité ? Un autre le saisi, le recouvre… Dans un cri, le rejet, et le silence. Un voile de lumière vient habiller le fond de scène. A partir de cet instant le labyrinthe n’est plus dans le décor, le texte est le labyrinthe lui-même qui déroule un dialogue dans le paradoxe du monologue de deux être qui soliloquent. Et dans ce texte labyrinthique se déroule une œuvre à la fois classique, par son unité de lieu de temps et d’action, et surréaliste par sa morphologie, en apparence rhétorique, où les mots qui se bousculent et s’entrechoquent, prennent des signifiés au-delà du signifiant qu’ils semblent exprimer en première instance. La mise en situation, un dealer et un client qui se jaugent, devient vite un prétexte, hors contexte, supplanté par le texte et par le non-texte. Les non-regards puis les regards, l’obscurité et la lueur, l’immobilité ou les déplacements longilignes et félins des acteurs, dans des espaces d’abords impénétrables, puis dans le face à face qui abolit la bulle protectrice que chacun s’est octroyée, tout dans la mise en scène est au service du texte, en français pour Xavier Tavera, en corse pour Pierre Laurent Santelli.

La musicalité de la douce litanie permet au spectateur de s’installer lentement, émotionnellement dans la psychologie des personnages. Le soi-disant vendeur est respectueux alors que l’acheteur potentiel se définit immédiatement par un ricanement, où l’on perçoit déjà toute la défiance, la détresse, le désespoir, la frustration, la mise en abime et à la fois l’espoir fou qui l’anime. D’un ricanement, d’un seul, dans le non-dit, point tout ce qui sera dit ou ne le sera pas. Une émotion complexe, fugace et persistante comme une persistance rétinienne qui vous reste imprimée là. Et rien dans la voix puissante de l’acteur, qui nous livre la langue de Koltes/Biancarelli, de son phrasé corse enivrant, ne démentira la complexité des sentiments sous-tendus par ce seul ricanement. Respect.

Alors, malgré la langue châtiée, et la rhétorique bien huilée de ces monologues, c’est bien à la manière des surréalistes que les mots mis en confrontation se combinent et se nient, affrontent des notions qui foisonnent, s’enrichissent en famille, du verbe à l’adverbe, de l’adjectif au substantif, en champs lexicaux qui dévident des univers, en antonymes et synonymes qui livrent les relations ambigües entre les hommes. La langue corse ici rend étrangement plus accessible ce langage riche du registre soutenu puisqu’il est plus habituel d’y rencontrer les subjonctifs passés que dans le français du texte originel. Et sa rocaille convient mieux (et l’acteur qui la porte a la sienne propre) à l’agressivité latente du personnage.

Le travail de Marcu Biancarelli est « di prima trinca », de haute volée, puisqu’il nous restitue le texte de Koltes sans en perdre une nuance et lui donne une dimension supplémentaire. La structure de la pièce de Koltes a quelque chose à voir avec le chjam’è ripondi où chaque argument est repris dans une joute verbale avec ses règles et sa poésie. Le choix du corse supranacciu  pour le personnage en quête et en défiance est  particulièrement pertinent et la traduction croisée des sur-titres en corse suttanacciu qui répondent aux sur-titres du texte original accentue la sensation d’incommunicabilité et tout à la fois la richesse linguistique.  Una maraviglia !!!

Dans une accumulation de mots en une ronde comme une granitula qui s’enroule et se déroule, les thèmes se dégagent par effet de récurrence. Où l’on parle des désirs, des plaisirs, de jouissance et de sexe, queue et cul, sous couvert d’un objet recherché que l’on ne nomme pas. Où l’on parle de l’humanité et de son animalité que l’on décline en animaux sauvages, chien, cheval, porc, poule, taureau, baleines ou poux. Où l’on parle du temps, celui qu’on a ou qu’on n’a pas, celui qu’on prend, un atout, presque une arme contre l’impatience du désir. La vitesse et la lenteur. Les éléments liquides, eau, fleuves, pluie ou vapeur, crachats puis sang, sont les puissants vecteurs du temps et de la vie, fluides corporels vitaux, semence qui s’écoule et qui unit, qui se perd aussi avec la stérilité qui s’oppose à la fertilité. La fuite de ces fluides fait écho à la fuite des désirs ou à la fuite face au désir. Où l’on évoque la filiation, la fratrie, le couple comme image du lien. Les normes sociales ou naturelles, les tabous, la virginité, le viol, les hommes et les femmes, forts et faibles qui peuvent tour à tour comme nos personnages être en position dominante, brutes ou demoiselles aux bombes lacrymogènes.

Comme une partition musicale et gestuelle les deux acteurs nous rendent cette perfection formelle du texte dans toute sa profondeur énigmatique comme dans un dialogue philosophique ou une deputatio médiévale. Par leur présence ou leur transparence, leur verticalité ou leur souplesse jusqu’au sol, couchés, roulés, fatigués… Ici la compréhension s’installe au-delà des phrases entre lumière et obscurité, entre le chaud et le froid, entre le creux et la saillie, entre la vierge et la putain. Et l’espace lui-même structuré seulement par les mots, structure à son tour le propos, le dehors, les frontières, l’ici et le nulle part, le point et le parcours, le haut et le bas, entre la ligne droite et la ligne courbe, alors le flou et le précis, le licite et l’illicite se dessinent, l’honnêteté et la culpabilité, l’idée et l’objet, l’intention et l’action, la prison et la liberté (jusque dans le refus). Une résonance particulière se glisse dans la bouche du quêteur en pays étranger puisque le mot « autochtone » sonne dans le corse de Santelli/Biancarelli avec ce sarcasme de nos emprunts linguistiques bien choisis.

En filigrane on perçoit aussi un positionnement politique, la seule injustice étant le hasard de la naissance. Et un postulat : la diplomatie est la première phase du conflit, à la séduction succède l’intimidation puis la confrontation ; il n’y a pas de médiation possible entre les hommes. Cette incommunicabilité est servie par le souffle lyrique des deux acteurs qui portent la confrontation des langues et la confrontation des corps.

Quel est donc l’objet de ce désir jamais nommé et dont l’absence de désignation annihile le deal ? La came peut-être ou bien les armes, la prostitution, le sexe, la drague, l’amitié ou…l’amour. Et par une défiance ou un malentendu, on ne deal pas cet objet de désir mais on deal le deal de cet objet !!! Ce qui acte l’échec de la rencontre quelle qu’elle eut été, et installe le dépit et la rancœur d’avoir été méconnu et floué. Dans cet impossible dialogue, le rapport sexuel et amoureux serait l’objet du deal ?… Le rêve est une transgression que l’on n’a pas osé assumer et les ni…ni et les « zeri belli tonduli » d’un coup se projettent en une accélération/intensification des échanges. Terrible constat, en lieu de cette promesse il n’y a que néant, mal être et désespoir contenus dans ces « pare amore, ma pare solu », « ùn aghju gosu di nulla », « ùn ci n’hé amore », et l’incommunicabilité de ces « ùn aghju dettu nulla ».

Basta ! Tuttu ùn si pò dì, u lume, ssu chjar’di luna trà u frondame, u ritimu, u sonu, i silenzii…cume un ribombu à u testu. Pò pò pò ! Chì teatru !!

Création bilingue français/ corsu supranacciu sur-titrée français / corsu suttanacciu

Adaptation de l’oeuvre de Bernard-Marie Koltès
Mise en scène François Bergoin
Traduction Marcu Biancarelli
Avec Pierre-Laurent Santelli & Xavier Tavera
Vidéo Fabien Delisle
Lumière Sylvain Brossard
 

21 mars 2013

Spaziu Natale Luciani

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, Hip Hop, théâtre

Expérimentation dans l’art du spectacle vivant

Spaziu Natale Luciani dans danse contemporaine artmouv-3-300x197

De la Cie Art Mouv’ et du collectif Jeu de Jambes

AU FAIT QU’EST-CE QU’IL A

VOULU DIRE L’AUTEUR ?

Transgenre

Doit-on poser une étiquette sur chaque spectacle, codifier, classer, cataloguer ?

Théâtre ? Danse ? L’écriture journalistique bien souvent l’impose… Mais ici tout s’y oppose !! Et rien que de le dire nous voici immédiatement dans le cœur du spectacle que propose la Compagnie Art Mouv’. Ou bien devrais-je dire le collectif Art Mouv’/Zone Libre intégrant l’art sonore… ou même le collectif Art Mouv’/Zone libre /Jeu de jambes intégrant des danseurs de Hip Hop. Et cette digression est elle aussi évocatrice. Oui, il s’agit bien ici de métissage, d’hybridation, de transgénèse expérimentale. Pour moi, spectateur complètement néophyte qui plonge dans l’inconnu et découvre pour la première fois ces artistes, cela transparait immédiatement.

Dès l’installation, toute distance semble abolie et le spectacle qui débute efface les limites de la scène du Spaziu Natale Luciani. Art de rue. Performance.

D’ailleurs les deux hommes et la femme qui se présentent dans l’espace portent tous trois costume de ville. Vêtements qui joueront leur rôle dans la grande expérimentation des hybridations et des métissages.

Ce processus ne peut exister que dans les contrastes et les cultures confrontées.

Les bases en sont posées par les premières oppositions qui se dévoilent : deux hommes/une femme, deux blancs/un black, le silence/le son, un tempo comme un cœur qui bat, simple et sans phrasé autre que ce rythme vital/un violoncelle qui vient le remplacer tendre et profond comme une parole bienfaisante. L’immobilité/le mouvement…

Chacun des trois personnages compose une partition gestuelle totalement différente, elle, avec des mouvements de bras amples très « danse contemporaine », l’autre des claquettes étrangement rapides sur ce chant de violoncelle lent et grave, le troisième effectue des figures de Hip Hop. Un quatrième ajoute du théâtre à ce trio de danse.

Tout au long du spectacle ces univers vont s’opposer, se mélanger, se tordre, et, non pas se fondre mais créer un nouvel univers, avec ses caractéristiques propres qui engendre sa propre poésie. Des glissements s’opèrent, des décloisonnements s’effectuent.

Du coté sonore, la lenteur et la vélocité se combinent pour créer un rythme asynchrone et envoutant. Les mots et la musique. Le silence et le son. Le monde de l’enfant et celui de l’adulte. Le trivial et la poésie. Le sérieux et le rire. L’ironie et l’harmonie. Les mots dits, les inaudibles, les mots écrits. Les langues, les cultures. Les genres.

De la scénographie minimaliste se dégage la richesse d’une inventivité débridée où le seul choix des chaises qui constituent l’unique décor permet à la fois des jeux de lumière et des détournements d’objets. Car ces chaises de plastique transparent à facettes dansent avec les danseurs en des pirouettes qui les font femmes vêtues de strass scintillants, deviennent les rues où l’on court, les transats où l’on se prélasse, les lits où l’on dort, les limites de la cour d’une école, les rochers où l’on saute, des brouettes, des caractères d’imprimerie… Le vide, le plein.… Poésie…

De même les vêtements simples se métamorphosent, se retournent, sont les nappes d’un repas sur l’herbe, la cape d’un toréador, un bandana sur la tête, des partenaires de danse… Ils en dévoilent d’autres tout aussi simples mais porteurs d’autres résonances.

Les corps sont les véritables instruments de ce ballet sonore. Bien que les mots et les chants semblent les vecteurs du fil conducteur, avec les comptines enfantines, les souvenirs d’enfances, la prose poétique de Prévert, et autres proverbes et dictons, le corps seul se suffit à lui-même et l’on pourrait imaginer cette chorégraphie comme un mime, un film muet qui parle de façon organique, comme si le chorégraphe s’était affranchi du monde sonore pour ne se laisser guider que par la théâtralité des corps. Des oiseaux s’envolent au bout des mains, des cygnes glissent au fil de l’eau. Poésie.

L’hybridation des genres chorégraphiques est au cœur de ce processus, danse contemporaine, Hip Hop, quelques pas de claquettes, esquisse d’un tango, phrases chorégraphiques, claquements de mains, claquements de pieds. Une battle entre deux,  comme un dialogue impossible, laisse place à l’écoute du corps et à l’apprentissage de l’autre, pour établir finalement un langage partagé, une connivence dans la danse qui laisse place aux individualités en une chorégraphie commune et des solos échangés, comme des mots dansés. Les équilibres et les déséquilibres, des portés, des glissés, des roulés, des déroulés, des tête à tête à trois, des pas de deux, des patineurs, des couples enlacés, des gifles, des réveils, des départs, des arts martiaux, des nunchaku, des lanceurs de drapeau, asynchrones à la musique et au son. Inventaire à la Prévert.

La lumière enfin, pourtant faible, organise discrètement l’espace, les lieux de vie, les distances, invente la bruine, sculpte cette brume, et fait d’une femme une fleur qui vit sous la rosée. Lorsque le portemanteau/SDF/roi/derviche tourneur l’englobe et l’absorbe, c’est sa disparition qui clôt cet espace poétique.

Pas de lourdeur dans cet inventaire. L’étrange, poétique et doux.

 

Création danse contemporaine hip hop
Compagnie : Collectif Art Mouv/Zone Libre
Production associée : Moov’n Aktion
Direction Artistique : Hélène Taddeï Lawson
Création et interprétation : Alex Benth, Jean-Claude Guilbert, Charly Moandal, Hélène Taddeï Lawson et d’autres membres du Collectif jeu de jambes
Création sonore : Tommy Lawson
Création vidéo : Stéphane Broc
Lumière : Erick Plaza Cochet

 

Contacts:
www.artmouv.com
ccu@univ-corse.fr Tel : 04 95 45 00 78

 

15 mars 2013

THEÂTRE ALIBI

Publié par blog'in giru dans danse contemporaine, théâtre

Un spectacle à couper le souffle

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Inclassable et poétique

PRESS

De Pierre Rigal par la Cie Dernière minute

 

Vous êtes réfractaire au théâtre, à la danse contemporaine, vous trouvez cela un tantinet trop intellectuel à votre goût ? Pierre Rigal vous réconcilie avec les deux. Oubliez l’idée de huit clos, les présentations sur nos peurs modernes, sur le combat contre l’enfermement, la solitude ou la dépression et laissez-vous entrainer dans un univers poétique comme on regarde Buster Keaton ou Charly Chaplin dans « Les temps modernes ». La beauté qui en émane surpasse le poids de la réflexion sur la condition de l’humain se confrontant à la machine. Retrouvons notre âme d’enfant.

Un homme, façon Matrix, élégant dans son costume noir, occupe un espace clos de deux mètres sur trois occupé par une chaise et une lampe de bureau. Cet homme et l’espace avec lequel il interagit par des forces magnétiques puissantes entament un pas de deux, une danse envoutante qui les lie dans un enchainement virtuose comme un funambule à son fil. A la fois danseur, acteur, graphiste de lumières et d’ombres, l’homme, d’un flegme inébranlable, explore cet espace dans ses trois dimensions et l’on entre dans un monde parallèle où les lois de la gravité n’ont plus cours. L’espace  respire, se contracte et se dilate, mu par une machinerie douée de vie et le personnage qui l’occupe évolue sur ses cinq plans visibles au rythme du son sans que l’on puisse  savoir si le son est sa contrainte ou si ce sont ses gestes qui le génèrent. Chacun interprète selon son propre postulat. Ce temps d’exploration est l’occasion de trouvailles d’esthétique pure où chaque instant offre un tableau, une photo noire et blanc en mouvement. Et si l’on s’affranchit du contexte de la salle de théâtre, le burlesque prend largement le pas sur le tragique de l’exigüité de cet espace clos. Chaque geste est enchantement, les bras semblent démesurés,  les jambes, les pieds ont leur autonomie propre. Le corps peut même se passer de tête et pour nous aussi la réflexion peut attendre. La performance gymnique qui permet d’évoluer sur les murs et le plafond nous dévoile un être hybride. Par moment insecte rampant sur toutes les surfaces, notre héro, bien que la tête en bas, ou le corps parallèle au sol, retrouve sa condition d’être humain, se rajustant le costard dans les postures les plus insolites. Sourires.

Les mains blanches deviennent au bout de ses bras des êtres indépendants à leur tour, chacune douée de grâce. Nouveau pas de deux, entre les mains. Nouveaux sourires.

Les lumières sont les autres habitants de ce lieu inattendu. Celle du plafond vit avec la pièce et sa respiration. Comme l’homme peut être la somme de parties autonomes, la lampe elle aussi se segmente à son tour alors que l’espace se comprime. Naissent des entités, qui se combinent ou se disloquent, lumière blanche mécanique et glacée, big brother, lumière rouge qui veille, et bras articulé, objet. L’homme intègre l’objet à son corps pour composer un nouvel hybride, le relargue, et l’objet se fait animal mécanique. Il le caresse, l’apprivoise, moment de tendresse… puis de combat dont l’homme sort provisoirement vainqueur.

Si la presse repart, l’espace qui rétrécit ne signe pas la mort de la poésie, l’homme jusqu’au bout l’explore et se l’approprie avec une grâce sans pareille. Malgré les soubresauts la fluidité persiste. Et lorsque le black out survient, on reste sans voix, captivés, subjugués de s’être laissés porter, envouter, surprendre. L’élégance a eu raison de l’oppressante situation.

L’homme était-il captif, de la machine, de lui-même ? D’aucuns y verront la métaphore de la pression du monde moderne, un univers Kafkaien, les doutes existentiels, d’autres la lutte contre l’insomnie, ou la maladie, ou la mort.

La poésie comme libération ?

Chacun peut s’il le veut porter la réflexion à sa guise ou bien s’en affranchir, la poésie subsiste…

… Magique

Contact : www.theatrealibi.com

 

9 mars 2013

E TEATRALE,UNE INVITE A L’ÉTRANGE

Publié par blog'in giru dans théâtre

De Monticellu vient l’insolite

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Dans sa scénographie précédente

Surréaliste et déjantée

LE TOUR DES MAUX DITS

Par Les désespérantes idiotesde Monticelli

Espace nu, corps moulés dans des justaucorps noirs, visages masqués de loups, scène noire, fond de scène noire. Une tour, assez haute, faite de quelques barres de métal sombre, sans symétrie aucune et qui occupe bien peu de place dans ce grand espace scénique où seuls les contrastes et les jeux de brillance dessinent des lieux qui n’en sont pas vraiment.

Un fauteuil façon trône, bardé des lumières féériques qui accompagnent habituellement les instants festifs de nos vies, place à coté de la tour une singularité qui attire les regards.

Les quelques spots s’éteignent et  l’obscurité n’est plus déchirée que par le fauteuil des lumières.

Les voix s’élèvent qui portent les mots sur un ton à la fois assuré, étrange et dérangeant, un peu chantant, où la perfidie n’est qu’un leurre pour masquer la sensibilité à fleur de peau.

La pièce porte bien son nom car c’est une mise en mots, de tous nos maudits maux qui sont enfin dits. Au sein de l’obscurité nait la vérité. Une vérité, celle du ressenti profond, enfoui et libéré. Et elle est parfois chantée.

Non content de troubler par ses mots, cet ovni théâtral trouble une partie de l’assistance médusée car les rôles sont portés tour à tour par les différents acteurs dans l’indifférence de leur sexe, la femme est incarnée successivement par la comédienne ou le comédien, l’enfant devient l’amant… Temps d’accommodation.

Les mots sont là, parfois las, les corps s’enlacent, les corps se cabrent, les mains s’adonnent au jeu des caresses, les mains s’abandonnent à la colère, les mains se donnent le droit à la délivrance, pour délivrer l’autre qui souffre ou pour se délivrer de soi-même, de ce poids qui de jour en jour plombe tout de la difficulté de vivre la maladie, l’hypocrisie, la solitude.

La tour c’est nous, nous la parcourons avec ces comédiens un peu danseurs, un peu acrobates comme à notre image, du bas vers le haut, en nous libérant des mots et des maux que l’on a bien clos à l’abri des jugements que l’on redoute, et du haut vers le bas, vers le centre de nous-mêmes, pour explorer nos propres catacombes enfouies sous l’édifice parfois branlant que nous offrons aux regards.

Tout est exposé, cru, sans fard, avec pour toile de fond la maladie, le handicap, la souffrance et la mort, qui viennent prendre une place à part entière au sein du couple, des relations parents-enfants, des relations adultères, ou libertines, et en surimpression la dépendance, l’indépendance, la différence, l’indifférence.

Les mots comme les maux qu’ils portent sont durs à nos oreilles, SEP, Papilloma virus, cancer. Tentative d’y établir une hiérarchie dans la souffrance et de savoir ce qui la définit : l’intensité de sa morsure sur le  corps, sa durée, l’angoisse qui la nourrit, les absences qu’elle révèle, la solitude où elle enferme, le souvenir des plaisirs passés…

Mais ce serait mentir que de présenter cette pièce avec la vérité crue de l’évaluation clinique. Car bien souvent la vie résiste, la vie réside dans ces petites joies qui viennent éclairer de leur petite lumière les quotidiens les plus sombres.

Il faut le dire, nous, public, nous rions aux éclats, de cette manière brutale qui fait soudain exploser la boule d’angoisse qui enfle dans les moments difficiles, de cette manière irrépressible qui provoque un spasme qui n’en finit plus et qui unit le public que nous sommes dans la complicité la plus intime.

Oui, Laure Salama, par son écriture, nous provoque, nous livre nos pensées les  plus « politiquement incorrectes », les plus « socialement inavouables » et ça résonne en nous avec un son de véracité qui fait mouche.

Mais elle nous enivre aussi d’un humour qui déchire la toile de l’horizon obscurci par les  maux l’habitent.

Nous oscillons sans cesse et sans crier gare entre cette pression qui augmente au fil des maux dits, poignante par moment, et ce rire qui libère, si sain, si complice, et étrangement pas grinçant du tout, pas jaune, un bon, un vrai rire qui vient du fond des trippes. Un rire qui n’a pas d’âge, ni de condition sociale, un rire qui unit. Un rire franc.

Ce rire prend possession de nos corps. Et de corps il en est question ici.

Corps pourvoyeur du plaisir aussi, plaisir de ce corps qui peut certes nous trahir mais qui encore et encore palpite, qui nous fait sentir la vie qui coule en nous, moments de jouissance pure entre deux mots si durs, entre deux maux qui durent.

Tout se fait dans une esthétique dénudée où la nouvelle scénographie, qui confine à l’épure, esquisse des espaces dans la tour, dans les abords de la tour et au loin dans les confins de l’espace, dessinée par la lumière la pénombre et l’obscurité. Comme ce corps qui vient se heurter au fin fond de cette scène profonde et vide sur une plaque métallique et noire qui résonne comme un gong, et ce corps se démène et danse contre ce mur infranchissable.

Et l’on baise, comme Higelin baise la vie : on baise avec son conjoint, un peu, on baise avec sa maitresse ou son amant, plus frénétiquement, on côtoie l’échangisme dans un mélange des corps, le SM dans l’avilissement maitrisé et consenti, on prend son pied, même lorsque l’acte n’est motivé que par le besoin d’un sexe masculin pour une procréation assistée.

La vie, quoi ! dans toute sa complexité.

Un OVNI disais-je, rencontre d’un troisième type.

Merci au festival E Teatrale pour cette rencontre.

 

Ecrit et mis en scène par : Laure SALAMA

Avec : Jean-Emmanuel PAGNI, Laure SALAMA et Pascal TAGNATI

Musique : Ben FORKE

Création Lumières : Jean-Luc CHANONAT

Scénographie : Delphine CIAVALDINI

Costumes : Delphine CIAVALDINI

contact :

https://www.facebook.com/messages/laure.salama.9   https://www.facebook.com/laure.salama.9

 

 

6 mars 2013

E TEATRALE

Publié par blog'in giru dans théâtre

U teatrinu nous met une baffe

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Avec le drame de Marco Cini

A SINTENZA

Et la mise en scène de Guy Cimino

Cette année, pour une programmation d’une semaine, le Festival du Théâtre de Corse, E Teatrale, présente une production multilingue pour sa partie scène ouverte (« L’ours » du Svegliu Calvese en cinq langues) et uniquement deux pièces à dominante de langue corse pour la programmation officielle. La première est « U chjarasgetu » adapté d’après Tchekhov par la troupe Unità Teatrale (voir l’article déjà paru sur ce blog). De plus en plus, et cela depuis le magnifique film « Liberata », les auteurs ont su donner du sens à ce multilinguisme mouvant insulaire. Comme pour ce dernier, Marco Cini déroule l’action de « A sintenza » dans une situation plurilingue naturelle à la Corse, puisque, en plus du Corse et du Français, la présence de l’Italien, « langue toit» du Corse contemporain s’inscrit dans le paysage linguistique de l’Ile notamment sur les ferry de la compagnie italienne qui dessert nos cotes durant la période estivale.

 

Le propos est sans conteste dramatique et pourtant, cette pièce courte, d’une cinquantaine de minutes seulement, nous entraine de plain-pied et sans concessions dans les questions de fond de la problématique de la société insulaire d’aujourd’hui. Si Marco Cini, directeur du Centre d’études et de documentation Salvatore-Viale de Bastia et auteur d’essais sur les élites du XIXe siècle en Italie et en Corse, a voulu nous proposer un drame historique, la dimension actuelle est telle que les éléments à même de nous éclairer sur l’époque évoquée ne s’imposent pas de façon pertinente. Ces dames y discutent d’«elli », de ceux que l’on ne peut nommer et qui traumatisent la société insulaire, ceux que l’on craint à mots couverts, ceux que l’autorité, la justice, et la démocratie feignent de ne pouvoir véritablement condamner. Ou bien est-ce la société corse, devenue « u paese di l’acquambocca » qui cautionne ?

Le sang versé, c’est la première action de la pièce, seulement audible, un coup de feu, c’est tout.

Les points de vue qui traversent notre société sont tous représentés : à qui a peur, à qui propose de dénoncer les auteurs des violences, à qui veut fuir ce mal pire que la guerre, « qualcosa di più viziosu, più piattu », « u toscu, u  velenu ». Les incursions dans l’Histoire ne font que conforter le spectateur dans l’universalité du propos puisque déjà en 1799 une lettre adressée par Monsieur Feydel aux membres du Directoire à Paris, rapport sur la Corse publié par la suite sous le titre Mœurs et Coutumes des Corses, portait en elle tous les clichés encore en usage à l’heure actuelle.

De même les propos délirants d’un passager italien reprenant quasiment mot pour mot les grandes tirades mussoliniennes sur la Corse en disent long sur la situation géopolitique de l’île et l’intérêt qu’elle suscite d’un point de vue géostratégique pour les grands états qui l’avoisinent.

Pour établir cette intemporalité, les lieux et les dates sont dématérialisés, avec une scénographie minimaliste où l’espace théâtrale dans son ensemble, travées incluses, figure à la fois une place, un wagon de train, le pont d’un ferry quittant la Corse. En faisant l’économie des costumes et des décors plus lourds, Guy Cimino a fait le pari de la puissance du texte, de la vérité des situations et de la justesse des mots. Et cela fonctionne !!! Le parti pris est à saluer car l’acte de mise en scène est avant tout un acte de choix. Et c’est lorsqu’un choix est fait et assumé qu’il donne sa pleine cohérence à l’ensemble.

Ici, pour assumer son choix du dépouillement scénique au profit du texte, Guy Cimino fait appel à des acteurs d’une grande justesse. Il me semble que je viens de croiser Corinne Mattei et Francine Massiani au café d’en face, Jean Pierre Giudicelli nous fait un fasciste plus vrai que nature et Pierre Laurent Santelli porte à lui seul deux personnages fort contradictoires, puisqu’il est à la fois le porte fusil, l’assassin mu par la « vindetta » et l’esprit de famille qui l’enracine dans la Terre et dans le drame, mais aussi le Français, qu’il soit touriste ou résident, qui aime la terre, l’eau, le soleil, les hommes et les femmes de cette île de « Keurse » et qui le dit. Clin d’œil pour qui a lu la lettre militante de Pierre Laurent Santelli : « un Keurse brise la loi du silence ». Tous savent porter la pièce sur un rythme qui ne nous laisse pas de répit avec un texte riche, riche de réflexion, riche de belle(s) langue(s). De plus avec une clarté de diction qui réconcilie les moins aguerris à la langue Corse (et à l’Italien, ne l’ayant pas étudié moi-même hélas). Enfin, une mention spéciale pour Henri Olmeta qui habite littéralement son texte, il porte notre indignation, nos aspirations, nos contradictions. Il est nous, nous tous.

 

Comme Santelli nous y invite à la fin du spectacle, profitons de cette pièce pour faire circuler la Parole Citoyenne.

Contact : E Teatrale  tel : 06 12 89 56 25

ass.eteatrale@yahoo.fr

https://www.facebook.com/messages/eteatrale.eteatrale 

 

2 mars 2013

LA CORSE ACCUEILLE L’URBAN FOLK

Publié par blog'in giru dans concerts

Un duo Franco-Américain

LA CORSE ACCUEILLE L'URBAN FOLK dans concerts cary-t-brown-et-aurelien-boileau2-300x181

Pour un public assoiffé de Live

CARY T BROWN ET

AURELIEN BOILLEAU

Harmonie, harmonie, harmonie…

Harmonie de deux voix, l’une légèrement plus grave, légèrement voilée avec ce grain à peine perceptible de la maturité accomplie ; l’autre plus juvénile, plus haute et douce à la fois, voix qui s’enchevêtre à la première avec la légèreté du toucher d’un instrumentiste précis et tout en finesse.

Bien sûr il semble au premier abord que le chanteur soit Cary mais pourtant à y écouter de plus prés, la mélodie ne pourrait se passer des volutes plus aériennes de la voix d’Aurélien qui font corps avec la légère rocaille de Cary. Ces deux là savent ensemble imprimer différentes couleurs à la collection d’expériences et de sentiments intimes offerts à leur public.

Harmonie de deux musiciens, qui s’emparent de la guitare acoustique chacun avec son apport personnel, Cary y rythme le tempo d’un doux balancement qui ne fait pas pour autant oublier son allant. Dans l’ensemble, les morceaux sont emprunts de douceur, mais ne perdent jamais le public dans la mélancolie. Aurélien amène les harmoniques et les parties mélodiques et, s’il n’en fait pas « des tonnes », s’il n’est jamais dans le m’as-tu-vu, on sent une belle maîtrise technique de l’instrument qui sait se faire oublier pour ne laisser que l’émotion à fleur de peau. Une émotion qui réveille des échos en moi : Cette harmonie vocale, c’est ce qui avait fait la marque de fabrique du trio Crosby, Still & Nash à leurs tout débuts avec leur album éponyme de 1969. Belle référence qui me vient à l’esprit !

Harmonie entre les voix et les mélodies instrumentales, l’équilibre est naturel et semble s’être établi dans la plus grande spontanéité. Là aussi, aucun excès de performeur ne vient troubler le transport où l’on se laisse prendre par la main, par le cœur.

Harmonie des influences qui se mêlent, Aurélien a mis du Rock dans la Country de Cary et Cary, lui, a invité son son Folk dans le Rock d’Aurélien. En découle un « Urban Folk » bien à eux, à leur patte, qui parle aux gens, au peuple des oreilles sensibles, sans avoir besoin de références ou de passion particulière pour la Country Music, non, une musique des villes qui pourrait être des champs,  une musique de choses simples de la vie, de toutes les vies.

Harmonie dans la différence des êtres, qui se jauge, au-delà de leurs dissemblances, à cette communion sur scène, à ce vacillement rythmé de leurs personnes, ce tangage en tandem. Ces deux là n’ont pas eu besoin de se travestir pour trouver leur point de résonnance. Les différences d’âge et d’origine ne s’estompent pas mais se conjuguent, tout comme les différences de formation et de parcours personnels. D’ailleurs un même sourire doux éclaire leurs visages.

Pour en savoir plus sur cette formation prometteuse et je les ai questionnés.

Ils se sont rencontrés en Alsace où Cary enregistrait un album solo très Country Folk, « The full moon files ». C’est en tant que musicien qu’Aurélien a participé à l’enregistrement. Immédiatement, c’est un coup de cœur musical que les deux ressentent. En quelques jours naissent spontanément cinq ou six chansons. Les propositions mélodiques d’Aurélien trouvent une mise en texte facile de Cary, les voix s’accordent sans forçage, sans placement calculé, sans intention… Le duo est né, comme ça, c’est tout. Il ne cherche même pas de nom, autre que l’apposition des deux leurs, comme ils combinent leurs personnalités.

Aurélien Boileau a commencé très jeune par une formation classique de pianiste. Il en garde la rigueur qui lui permet technique et finesse d’exécution, à la voix comme à la guitare, où il est autodidacte. A l’inverse, Cary T Brown, natif du Kentucky, a débuté en musique dans une fanfare, a poursuivi en autodidacte, pour rejoindre ensuite une université de musique.

L’identité du duo s’est forgée au fil de la route, ils ont déjà joué plus de 500 concerts ensemble.

Leurs influences musicales, la musique qu’ils aiment ? La réponse est unanime : éclectiques, ce sont des enfants de la radio ! Si Cary a été bercé par la Country particulièrement, leur ouverture s’est faite sur les mêmes références musicales, d’AC/DC à Melody Gardot, en passant par Fleet Woodmac, Plink Floyd…jusqu’à Rihanna, les Spice Girls ou les Black Eyed Peas dont ils ont apprécié les premiers titres, dans le moment incertain des débuts.

Ce qui les émeut : un beau refrain, un texte, une profondeur et dans le Folk, le fait que la guitare et le chant se suffisent à eux même.

La composition et l’écriture étant leurs dénominateurs communs, ils écrivent à quatre mains et deux cordes vocales des textes majoritairement en Anglais, où ils sentent leurs deux voix s’appuyer l’une sur l’autre.

Leur présence sur scène reflète simplicité mélodique et harmonique.

Leur album, « Good Day, Bad Day » intègre batterie, basse et clavier avec accordéon et violoncelle qui enrichissent la palette des émotions.

Pour autant, sur scène, la version en duo, épurée, n’est pas ressentie comme appauvrie.

Et pour cela, bravo !

Programmation réussie pour le Dusty Rose Saloon à Borgo et leur alter ego du Temple Café-Concert d’Ajaccio. A suivre !

Contacts :

https://www.facebook.com/Cary.T.Brown.Aurelien.Boilleau

http://www.ctbab.fr/

aurelienboilleau@gmail.com

thorncary@gmail.com

Dusty Rose Saloon, RN 193 (avant Magic Stock) Borgo    Tel : 06 27 47 72 95

https://www.facebook.com/dusty.rose.12382

Le Temple Café Concert : Rue de la Grande Armée, 20 000 Ajaccio  Tél :  04 95 10 19 39

 http://www.facebook.com/temple.cafeconcert

 

 

 

18 février 2013

DE LA GRANDE MISE EN SCÈNE AU THÉÂTRE DE BASTIA

Publié par blog'in giru dans théâtre

Retour sur une représentation grand cru

DE LA GRANDE MISE EN SCÈNE AU THÉÂTRE DE BASTIA dans théâtre les-liaisons-dangereuses-photo

John Malkovitch met en scène 

LES LIAISONS

DANGEREUSES

avec brio !

 

Moderne, résolument moderne !

Et ce ne sont pas les téléphones portables ou les i pad  utilisés en guise de correspondance qui font la modernité de ce spectacle d’une qualité exceptionnelle donné au Théâtre de Bastia. Ni même les costumes mi anciens mi contemporains. Non ! C’est bien autre chose.

Et pourtant c’est l’accroche usitée dans la plus part des écrits faisant la promotion de cette pièce !

On pourrait même dire que tout cela est bien anecdotique.

La vraie modernité de ce spectacle est d’une autre nature, plus subtile. Tout d’abord les personnages du roman de Choderlos de Laclos ont retrouvé leur jeunesse originelle. Le texte est porté par une troupe de jeunes acteurs pleins de fougue au talent absolument formidable. Les dialogues choisis ont le redoutable pouvoir nous entrainer dans cette intrigue et de ne plus nous lâcher.

Une mise en scène sans temps mort rythme l’ensemble.

Sur un plateau assez sobre les quelques éléments de décor restent visibles et sont déplacés avec beaucoup de drôlerie par les acteurs eux-mêmes. Les huit personnages y sont présents presqu’en permanence : ceux qui n’interviennent pas dans la scène sont assis comme des danseurs attendant une invitation à rejoindre la piste de danse, et sont approchés, regardés ou effleurés au gré de l’évocation qui en est faite par les personnages qui déroulent les dialogues. Il s’en dégage un humour jouissif, comme si l’on assistait en images aux pensées ou aux fantasmes ébauchés qui habitent les personnages pendant leurs échanges. Et c’est, me semble-t-il, la plus belle trouvaille de la mise en scène.

Tout contribue à faire naître et à entretenir ce sourire intérieur, tant la narration faite par Azolan, le domestique dévoué de Valmont, que les scènes cocasses qui distancient le spectateur de la perversité des intrigues. Ainsi en est-il d’un déplacement d’acteurs au ralenti, rappelant l’univers du cinéma qui a fait redécouvrir ce texte de 1782 grâce au film de Stephen Frears. Clin d’œil du metteur en scène John Malkovich qui y tenait en personne le rôle de principal.

La scène mythique où Valmont dicte sa lettre pour sa nouvelle proie à sa libertine maîtresse est elle aussi d’une fabuleuse drôlerie : Emilie, à la chevelure rousse flamboyante et aux formes avantageuses, est pour ainsi dire nue sur scène. A peine vêtue d’un déshabillé de voile noir complètement transparent, elle prête ses chairs aux caresses très explicites de Valmont. Celui-ci l’enfourche, et la soumet à ses caprices tout en jouant de son corps pour faire un écho plein d’humour aux propos de sa lettre.  Le tout ponctué de petites tapes canailles sur le postérieur offert.

Et si certains dans le public, et pas toujours des plus âgés, s’en offusquent, c’est bien peu de chose à l’heure du porno sur les écrans de toute une génération d’adolescents, à l’heure des sites et des boîtes échangistes mis à la portée de tous, à l’heure des scandales sexuels qui émaillent l’actualité politique ou sportive en France comme ailleurs.

C’est l’humeur qui donne le ton. D’autant que le libertinage n’est pas non plus le nœud de l’intrigue.

La jeunesse de ce texte de plus de deux siècles se débusque aussi dans la manière dont Merteuil dépeint sa condition de femme «vouée par état au silence et à l’inaction », condition qu’elle rejette très jeune, entrant de plein pied dans une conception très moderne de la femme indépendante qui veut garder la maîtrise totale de son destin. L’expression de cet intense désir de liberté est un moment fort qui humanise cette manipulatrice à l’esprit retors.

Le découpage du texte en ce qui pourrait être qualifié de deux actes est lui aussi intéressant : le premier très long déroule l’intrigue et les intrigues des ces deux intrigants, le second très court ramène tout ce petit monde au principe de réalité. L’ego est une bombe à retardement et nous restons le meilleur ennemi à nous même. Le décor suggéré des appartements privés fait place de façon tout aussi suggestive au décor du sous bois où s’achève le trajet de notre Vicomte au charme ravageur. Ce bref acte final s’articule autour du duel mené à l’épée avec maestria, à l’issu duquel les deux libertins sont déchus de leur superbe, victimes de leur orgueil incommensurable.

Le spectacle s’achève, le public est conquis et je le suis aussi !!

Belle pierre apportée à la programmation du Théâtre de Bastia

 

Mise en scène : John Malkovich
Adaptation : Christopher Hampton
Avec :
Sophie Barjac
Rosa Bursztein
Jina Djemba
Lazare Herson-Macarel
Mabô Kouyaté
Yannik Landrein
Pauline Moulène
Julie Moulier
Lola Naymark

Contact :
Théâtre Municipal
Rue Favalelli   Bastia
Tél. : 04 95 34 98 00

16 février 2013

TCHEKHOV AU SPAZIU NATALE LUCIANI

Publié par blog'in giru dans théâtre

Un grand classique adapté en langue corse

TCHEKHOV AU SPAZIU NATALE LUCIANI dans théâtre uchjarasgetu-def-300x149

Quand l’universalité du texte

LA CERISAIE

U CHJARASGETU

Prend des allures prémonitoires

Une gageure !

Adapter un classique de Tchekhov en langue corse, voilà qui attise ma curiosité !

Me voici donc face à la scène intimiste du Spaziu Natale Luciani di Corti, pour découvrir cette pièce écrite au début du XXème sciècle.

De suite le charme opère. Décor intemporel de voiles couleur crème et de sièges fruits rouges un peu passé. Douceur d’une demeure où le temps s’égrène dans la paix immuable des maisons de vacance.

Lopakhine, vêtu tout de crème de pied en cape, jusqu’au haut de forme dont il est coiffé, plein du dynamisme de l’homme assoiffé de réussite sociale, va immédiatement nous plonger dans notre propre réalité, celle de la Corse de 2013.

Quoi plus éloigné, géographiquement, temporellement et politiquement que la corse de 2013, petite île de Méditerranée au sein d’une société mondialisée et le vaste pays d’Europe de l’est qu’est la Russie de 1905, quelques années avant la Révolution. Hormis les noms, que l’on ne remarque guère d’ailleurs tant l’adaptation corse formidable nous transporte dans nos villages, tout nous renvoie à nos problématiques insulaires.

Les sommes dues pour conserver les terrains de famille à la campagne n’étant pas disponibles, ceux-ci sont soumis à une pression immobilière qui ne laisse guère de possibilité.  Alors il faut vendre ou être saisi. Les parcelles agricoles sont converties à prix d’or en parcelles constructibles destinées à des lotissements pour les estivants venus de la ville proche.

Incroyable d’actualité, non ?

Et qui fait le jeu du démantèlement, du morcèlement des terrains agricoles ? Lopakhine, ce fils de « zappaghjolu», de paysan, pétri d’ambition et de revanche sur sa propre condition, avide de toujours plus d’argent, arrogant dans sa réussite. Un parvenu…

Autre thématique prégnante : la diaspora. Cette famille, comme les nôtres, a vu une partie de ses membres s’exiler à Paris, eh oui ! tandis que les autres sont restés dans la maison familiale : les mêmes causes ayant souvent les mêmes effets, la langue maternelle cède le pas au français, et la culture ancestrale, qui assurait la survie, se perd faute de trouver sa place dans une société de la consommation immédiate.

Et l’on retrouve la figure de l’idéaliste, éternel étudiant, qui donne des cours particuliers pour subsister. Outre l’ode qu’il déclame à la nature, il porte sur cette société en mutation sa terrible lucidité, et éclaire de son regard sans complaisance l’existence de la précarité et des taudis qu’elle engendre, l’insuffisance des politiques et les carences de l’éducation. Altermondialiste dans l’âme, il prône l’utilisation de l’argent pour révolutionner le monde dans sa globalité.

Comme le notre, ce monde est pris en tenaille entre passé et futur, entre la reconnaissance du savoir faire d’antan, la nostalgie des souvenirs heureux et le pragmatisme paysan ou la soif et la confiance dans les mutations en route vers un avenir prometteur.

Les trouvailles de l’adaptation en langue corse de Francis Marcantei contribuent à l’intemporalité du propos. Seuls les costumes tous couleur crème donnent une teinte sépia à l’ensemble.

Cette pièce sera à nouveau donnée en langue corse sur-titrée en français, les 18 et 19 février au théâtre des Béliers Parisiens dans le 18ème, où elle questionnera certainement la diaspora corse comme elle a, espérons le, questionné le public du Spaziu Natale Luciani !

 

Descritif :

Auteur : Anton Pavlovitch Tchekhov,

Adaptation Francis Marcantei
Artistes : François Berlinghi, Pauline Macia, Charlotte Arrighi de Casanova, Lionel Tavera, Jacques Filippi, Laurent Franchi, Antoine Liguori, Anaîs Gaggeri, Antoine Belloni, Camille Nesa, Marie-Jo Oliva, François Xavier Marchi
Metteur en scène : Jean-Pierre Lanfranchi

12 février 2013

FRAC DE LA CORSE

Publié par blog'in giru dans art contemporain

Espaces sensibles aux univers sonores

FRAC DE LA CORSE dans art contemporain affiche-dominic-216x300

 

Olivier Dominici

THREE STATES

BETWEEN

PLACES

Lieux traversés, habités de …soi-même

Le FRAC de Corse fêtera bientôt ses 30 ans et à cette occasion il y aura certainement énormément de communication autour de l’évènement qui mettra en valeur le travail réalisé au long des années.

Mais ce Fonds Régional d’Art Contemporain, outil de diffusion et de collecte d’œuvres d’artistes contemporains, il faut le rappeler, fait la part belle à nos artistes corses.

C’est le cas de l’exposition « Three states between places » qui nous propose, du 29 janvier au 28 mars 2013, un magnifique dialogue entre l’artiste de Pietracorbara, Olivier Dominici, le spectateur et l’espace physique et sonore.

 

Le dispositif mis en place et véritablement construit par Olivier Dominici consiste en un parcours dans trois salles. La première, toute sensitive, nous accueille dans ce que l’artiste a conçu comme une sculpture spatiale et sonore, le Temple « Tokonoma ». La deuxième figure son laboratoire conceptuel, sa démarche, qui, tout en présentant son cheminement intellectuel et technique, est très empreinte d’émotion pure liée aux formes, aux couleurs et aux textures. La troisième salle nous transporte à nouveau dans l’univers sensitif avec une autre installation de l’espace physique et sonore et cette fois-ci également temporel.

Pour apprécier pleinement ce parcours il faut laisser vivre son propre espace mental en écho à celui de l’artiste. Chacun y trouvera une part de lui-même, consciente ou inconsciente, qui se révèle le long du parcours au gré des sensations, des mises en résonance, des réminiscences ou des projections qui sont les nôtres.

 

Ma propre visite de l’exposition en fut un parfait exemple.

D’abord le Temple « Tokonoma », planté là au milieu d’une pièce blanche. Il se présente comme un caisson rappelant l’esthétique japonaise, bien sûr. A l’intérieur, un siège surélevé aux lignes ascétiques mais non sans évoquer un trône, un peu austère. L’espace sonore est occupé par des accords de guitare sèche, classique et la pièce qui déroule est semblable à des gammes, ponctuées de pincés et d’harmoniques. Le lieu n’est pas large mais le tramé gris qui le tapisse est source de sérénité. L’installation sonore guide les yeux instinctivement vers le haut. Là un carré vitré laisse percevoir un ciel qui n’est pas, mais que l’on peut imaginer au gré de ses propres états d’âmes. Les miens étant au beau fixe, ce ciel de guitare parut à mes sens  apaisant et serein, empreint d’une douce mélancolie, chaque accord résonnant d’une profonde légèreté, paradoxe des possibles dans cet univers sonore et matériel épuré.

 

Me voilà à présent dans la salle que j’ai qualifiée plus tôt de laboratoire conceptuel.

Encore une fois dans cet univers à la fois cérébral et sensitif, tout me parle, tout fait écho. Les plans techniques du Temple « Tokonoma » déclinent les différentes vues de l’œuvre précédente sur ce papier millimétré aux lignes orangées que nous avons tous utilisé au collège. Les planches de 60 cm x 45 cm, par la pâleur du fond tramé et le tracé d’encre noire profond et fin, évoquent l’art japonais et ces estampes au ton pastel.

Les maquettes des structures interne et externe du Temple sont exposées au centre.

Les vitrines présentent le parcours d’une gestation où l’art consiste autant en l’objet produit que dans le cheminement de la conception et de la réalisation.

On y retrouve toujours la beauté du dessin technique confronté ici à la sensualité chaude du bois, la blancheur tendre des lames du bâti en construction où l’artiste et l’artisan d’art ne font qu’un.

L’artiste concepteur prime-t-il sur l’artisan ? Un carnet de notes près de ce cliché où la maquette assemblée trône sur le siège du dispositif presque achevé nous interpelle sur la primauté de l’un sur l’autre. Une citation de Tony Smith énonce : « Un objet surplombant celui qui l’observe est un monument et un objet plus petit est un objet » (ARTSTUDIO n°6 / Art minimal).

Place ensuite à d’autres gammes visuelles qui font résonance aux gammes de guitare.

Il y a là des variations sur l’espace sonique, sur les couleurs, sur le synchronisme et l’asynchronisme. Le support lui même décline le thème du cahier de notes, autre espace de réflexion à l’image du Temple. On y voit le carnet aux feuillets blancs, le carnet à croquis au papier tramé, le carnet de photographies, le carnet d’écolier, avec ou sans ressort, ou relié plus élégamment dans une variation de tailles et de textures.

Les encres sont noire et rouge, , les aplats voisinent avec les graphismes à l’inspiration urbaine façon Tag, les aquarelles côtoient les crayonnages et schéma, dont une coupe de cerveau. La matière et l’esprit.

Etrangement, Olivier Dominici sait nous faire oublier sa propre réflexion, avec sa troisième installation spatiale et sonore. Bien sûr on remarque l’idée de gammes et de variations : des chaises avec des roulettes aux pieds de devant nous invitent à la fois à s’assoir et à se déplacer. Gammes de styles, variations de matières, de couleurs, de hauteurs. Disposées en périphérie elles sont tournées vers le centre de l’espace dans la pénombre éclairée à peine de taches d’une faible luminosité qui tombent sur le sol. Un parcours sonore fait de bruits quotidiens, urbains et campagnards, évolue petit à petit vers un arrangement musical, aux rythmes exotiques, et se fait entièrement musique.

Et c’est sans s’en rendre compte que l’on s’est laissé embarquer dans ce voyage, fait de l’œuvre elle-même et des images mentales qui se sont déroulées comme un film intérieur.

A chacun son voyage, mais si vous voulez connaître le votre, vous avez jusqu’au 28 mars 2013 pour aller le découvrir l’espace d’exposition de Corté.

Des visites sont également organisées pour les scolaires de tous âges.

 

Contact : frac@ct-corse.fr

Tel : 04 95 46 22 18

2 février 2013

Du grand Rock au cabaret des Arts KSA

Publié par blog'in giru dans concerts, pop rock electro

Du Grand, de l’explosif, dans un mouchoir de poche

Du grand Rock au cabaret des Arts KSA dans concerts antone2-298x300

 Et l’espace sonore n’a plus de limite

ANTONE ET LES OGRES

UN GROUPE ACCOMPLI

La scène fait quinze mètres carrés, le clavier, dans un coin, isole son instrumentiste, la batterie en fond de scène en fait l’occupe à moitié, un micro à l’avant, des fils et pédales jonchent ce qu’il reste d’espace, alors qu’à droite se serre le bassiste et le saxophoniste. Antone, un peu nounours, à l’air doux, saisit sa guitare électrique, s’approche du micro, et les voici qui attaquent une version Rock de « A fiera di San Francè ». Et tout de suite, ça fonctionne. Le rythme, la phrase musicale et la voix trouvent immédiatement leur cohérence avec ce chant traditionnel corse si souvent entendu aussi bien aux veillées, dans les foires ou dans les écoles. Et ce rock lui va bien, le dépoussière, lui donne une joie nouvelle, celle du jeu, nous voilà grands gamins, nous public et eux sur scène, à nous jouer ensemble du rythme et de la voix, dans des ruptures et des accélérations… Un exercice de style ? Pas du tout !!!

« My baby is gone away » nous le confirme immédiatement. Le solo d’intro du saxo alto classe d’emblée l’instrumentiste dans la maîtrise qui se fait oublier. Et Antone est un chanteur habité par le chant, sa voix est un instrument puissant et sensible à la fois qu’il module, qu’il éraille, qu’il fait monter ou qu’il pousse vers des graves chauds et laisse presque s’éteindre, porté par l’émotion. Antone connait parfaitement ses capacités vocales et peint de sa palette son univers explosif et sensible avec un placement de voix toujours juste et choisi à bon escient.

Le groupe enchaine ballades d’amour, chant corse assez jazzy, Rock plus puriste, par moment même tirant une vers une influence « métal ». Et toujours domine une cohérence, un aboutissement, une couleur musicale et vocale qui soulignent l’existence d’une vraie personnalité. En corse ou en anglais, les titres se répondent dans une même unité de coeur,  corps et d’esprit.

C’est Antone qui écrit et compose avec précision et inventivité. Les compositions offrent de vraies lignes mélodiques qui donnent envie d’être reprises tout naturellement. Les chorus vous reviennent dès la première reprise. Les textes y trouvent leur musicalité propre. Et si Pierre Gambini nous l’avait montré avant, les interprétations en langue corse nous prouvent une nouvelle fois combien le corse est une langue Rock !!!!

Le saxo, qui contribue à assoir les lignes mélodiques en réponse à la voix ou à la guitare, qui les module en variations de pro de l’impro, eh bien ce saxo sait aussi, et c’est une rareté, se faire rythmique, comme une guitare. La batterie est elle aussi dans la subtilité et la maîtrise et se met au service de chaque morceau avec l’intelligence musicale la plus fine.  Une technique implacable que le batteur nous offre plus longuement dans un solo de folie, une petite prouesse.

Antone est aussi un guitariste accompli. Soutenu par une basse complice, et un clavier qui vient adoucir ses aigus lorsqu’ils se font un peu plus « métal », il nous entraine autant avec sa rythmique que dans des solos de pure tradition rock, avec un équilibre dans le phrasé sonore, les ruptures et les envolées, équilibre qui nous garde toujours avec, qui ne largue et ne lasse jamais.

Voilà c’est déjà la fin, ce concert s’achève et la scène de quinze mètre carrés, qui s’était muée en un théâtre aux dimensions décuplées, retrouve sa taille et l’on s’en étonne… Ce type et ses ogres ont un vrai style, de la technique, c’est indéniable, et surtout une vraie personnalité. Et dès l’intro, chaque fois ces virtuoses nous ont amenés, entrainés, puis secoués, et toujours apaisés à la fin.

On en redemande.

Ça tombe bien, un second concert dans ce mouchoir de poche de la salle Giordano Bruno, au Bistrot du Cours, nous est offert Samedi 2 février.

Courrez-y, délectez-vous.

C’est grand !!!

 

Contacts
Le groupe : sonuelumi@gmail.com et www.antoneetesogres.com
Facebook :  AntoneEtlesOgres
Cabaret des Arts KSA, Salle Giordano Bruno, Bistrot du Cours
Facebook :   cabaret des arts – KSA
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